Investir, c’est courir un risque – obtenir un rendement supérieur à la moyenne sans s’exposer aux risques est, en effet, rarement possible. Alors que plusieurs indices multiplient les records, voyons comment protéger les actions contenues dans les portefeuilles, en cas de pépin.
VIX au beau fixe
Le sentiment, sur les marchés boursiers du monde entier, s’améliore considérablement depuis quelque temps. L’indice VIX, qui reflète la volatilité implicite (évolution escomptée) du Standard & Poor’s 500 et peut donc être considéré comme “l’indicateur de la peur”, a chuté de 25 à 14 points en trois mois, pour atterrir quatre points sous sa moyenne historique. Cela signifie que les investisseurs sont plutôt sereins et les primes d’options, relativement faibles. L’état d’esprit est tel que, tant en Europe qu’aux États-Unis et en Asie, plusieurs indices de premier ordre ont atteint de nouveaux sommets.
Après avoir crevé plusieurs plafonds en août, le Nasdaq affiche un rendement qui dépasse 10% sur huit mois. Les grandes entreprises technologiques opèrent à l’évidence un retour en force. Porté par les bons résultats du deuxième trimestre et par l’engouement que suscite l’intelligence artificielle, leur indice de référence s’est bien remis de la déconvenue subie en avril. À cela s’ajoute l’espoir, de plus en plus réaliste, de voir la Réserve fédérale américaine diminuer ses taux directeurs dès le mois de septembre. L’administration Trump continue à faire pression en ce sens. Scott Bessent, le ministre américain des Finances, a déploré sur Fox News le manque de souplesse de l’institution et ajouté que selon lui, une baisse de 150 points de base était parfaitement envisageable.
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Accord commercial
L’indice Nikkei triomphe lui aussi depuis plusieurs semaines. Les actions japonaises ont à nouveau le vent en poupe, en partie parce que les tarifs douaniers entre l’archipel et les États-Unis sont finalement moins élevés que prévu. L’accord commercial conclu entre les deux pays arrête les droits réciproques à 15%. En Belgique, où l’humeur est au beau fixe également, le Bel 20 a enfin atteint un nouveau sommet. Son précédent record remonte au mois de mai 2007 ; si la reprise a tant tardé, c’est qu’avant la crise bancaire, notre indice de référence était composé pour moitié d’institutions bancaires.
L’optimisme régnant est propice aux introductions en Bourse. L’IPO la plus remarquée fut celle de Bullish dont, compte tenu de la ruée, le prix de souscription a été porté in extremis de 30 à 37 dollars par action, pour aboutir à une levée de 1,1 milliard de dollars. Bullish est une plateforme de négoce destinée aux investisseurs institutionnels. Son CEO est loin d’être un inconnu, puisqu’il s’agit de l’ancien président de la Bourse de New York. L’entreprise possède également Coindesk, un site d’information réputé consacré aux cryptomonnaies. L’envolée de 84% opérée par le titre dès le premier jour de cotation a propulsé à 9,3 milliards de dollars la valeur boursière de la société.
Stratégies de protection
Le sentiment qui règne sur les marchés depuis plusieurs semaines aura certainement profité à de nombreux portefeuilles, mais les familiers de la sphère boursière savent que les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel. L’incertitude est permanente et nul ne sait jamais ce que l’avenir réserve.
Les investisseurs sont en principe toujours en quête d’un rapport risque/rendement optimal – en d’autres termes, d’un rendement aussi élevé que possible, pour un risque aussi minime que possible. Cette combinaison se rencontre toutefois rarement dans la vie réelle. Au vu des sommets désormais atteints par plusieurs indices et de la fracassante entrée en Bourse de certaines entreprises, il peut être judicieux de s’assurer que l’on ne prend pas trop de risques au regard de son horizon d’investissement.
Les options sont de ces produits dérivés aptes à orienter le rapport entre risque et rendement potentiel. Elles peuvent par exemple permettre d’accepter des risques supérieurs à la moyenne, tout en limitant les dégâts ; ou, à l’inverse, contribuer à réduire considérablement la menace. Cette protection peut être relativement peu coûteuse quand l’indice VIX est bas, ce qui est le cas actuellement.
“Put option”
Une stratégie bien connue est celle qui consiste à protéger une participation en actions dont le cours a rallyé. L’achat d’une option de vente (put option) peut être considéré comme la souscription d’une assurance contre le risque de fléchissement, le prix payé en échange étant en quelque sorte la prime de l’assurance en question. Précisons que la grande majorité des options portent de façon standard sur des paquets de 100 actions.
Prenons l’exemple d’un investisseur qui détient 100 actions d’AMG Critical Materials, dont le cours culmine actuellement à 25 euros. Il s’agit d’un titre qui, fort de ses 76% de rendement obtenus depuis janvier, figure parmi les plus performants en Bourse d’Amsterdam cette année. Imaginons que notre investisseur craigne que ses actions ne descendent sous 22 euros ; simultanément, il ne veut pas passer à côté d’une éventuelle hausse du cours. Acquérir une option put lui donnera le droit de vendre ses AMG au prix unitaire de 22 euros (le “prix d’exercice de l’option”) pendant toute la durée du contrat. Si le titre descend sous 22 euros, chaque euro de perte subie sur les actions sera pratiquement compensé par un euro de gain sur l’option.
L’assurance protège en d’autres termes notre porteur contre les fortes baisses de cours dues à un retournement du sentiment ou à de mauvaises nouvelles à propos de l’entreprise – un avertissement sur bénéfices, l’annonce d’une plainte ou la révélation d’une fraude comptable, par exemple. Le prix payé pour cette protection est l’argent investi dans l’option put. Si le titre AMG devait par la suite se remettre à grimper, le rendement de la combinaison serait légèrement inférieur à celui que l’investisseur aurait perçu s’il n’avait détenu que les actions.
Il est par ailleurs possible de protéger non pas une action en particulier, mais l’ensemble d’un portefeuille. L’on peut, pour ce faire, acquérir des options put sur un ou plusieurs indices. En cas de krach, comme lors de la bulle Internet, de la crise bancaire ou des confinements, actions et indices plongeront, bien sûr, mais les options put prendront une valeur qui compensera en grande partie les pertes. Cette approche limite à une ou deux les assurances nécessaires, ce qui évite de multiplier les coûts. En revanche, aucune protection particulière ne serait assurée si une action donnée venait à décrocher.
Ceci étant, toute assurance a un prix. Investir régulièrement dans des structures de protection pèse sur les rendements annuels, au détriment du résultat final. Les porteurs qui savent ne pas avoir besoin des capitaux investis pendant un certain temps (cinq ans, au bas mot) peuvent se permettre de courir plus de risques que ceux qui prendront leur retraite l’an prochain et qui souhaiteront à partir de là compléter leurs revenus avec ceux des capitaux investis. Pour l’investisseur qui dispose d’un horizon très long, la protection n’est pas souhaitable, du moins pour autant qu’il sache faire preuve de discipline et ait les nerfs solides ; ce qui, admettons-le, n’est pas donné à tout le monde.
Stratégie du collier
Le porteur en quête d’une protection sans frais pourra préférer la stratégie dite du collier à coût zéro à celle de l’option put. Ici, la personne qui détient 100 actions d’une certaine entreprise achète une option put, qu’elle finance par l’émission simultanée d’une option d’achat (option call). Une partie du potentiel de hausse se dilue certes au fil du temps, mais en échange, la perte est à tout moment limitée. Le graphique intitulé ‘Stratégie du collier à l’expiration’ illustre le principe sur les plans des gains et des pertes.
La stratégie du collier n’étant pas toujours possible à mettre en œuvre pour un coût nul, une prime modique devra parfois être déboursée. Mais là encore, l’investisseur disposera d’une construction qui lui permettra de profiter, du moins en partie, des futures hausses du titre, tout en connaissant d’avance la perte maximale qu’il subirait si les choses devaient mal tourner. Il se protège de la sorte contre les chocs boursiers et les corrections de cours sans perdre, ou quasiment, les bénéfices précédemment réalisés. Précisons qu’avant de se lancer, calculer les gains et les pertes, dividendes éventuels inclus, qui seraient enregistrés en cas d’exercice anticipé de l’option call est vivement conseillé.