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“Il faut absolument rationaliser les marques” : comment sortir Stellantis de l’ornière ?

Jérôme van der Bruggen, expert boursier de Degroof Petercam, est l’invité du Trends des Marchés. Il revient sur les mauvaises nouvelles annoncées par Stellantis… et les bonnes nouvelles de Ferrari.

Sale temps pour Stellantis. Il y a une semaine, le groupe automobile européen a annoncé une prise de charge énorme (22 milliards d’euros) et supprimé son dividende. Punition immédiate en bourse : le titre a perdu 25% sur la séance. Mais le groupe sera-t-il bientôt au bout de ses peines ?

Jérôme van der Bruggen place d’abord le contexte : “Contrairement à d’autres biens de consommation courante, le marché automobile n’a pas encore récupéré complètement les ventes perdues lors du covid. Les volumes ont atteint un pic en 2018, avec 25 millions de voitures vendues, avant de s’écrouler. Il y a plein de raisons à cela, notamment un changement d’habitudes de consommation, l’arrivée de l’électrification et toute la confusion autour.”

Dans ce contexte, Stellantis doit d’ailleurs faire attention à ses liquidités, raison pour laquelle le dividende est annulé.

Stellantis : relever les défis

Mais comment Stellantis peut-il relever ses défis ? “Stellantis est un producteur de masse. Il y a toujours de la place pour un tel producteur de masse, et il n’y a pas de raison qu’il ne soit pas profitable. Mais son gros défi, c’est la rationalisation de ses marques. Stellantis a quatorze marques différentes, sur 6 millions de véhicules. Il faut absolument simplifier. Puis, il faut pouvoir le faire de façon profitable.”

“Et Stellantis est en train de rationaliser ses plateformes. Le groupe crée des plateformes uniques sur lesquelles il va pouvoir fabriquer des véhicules électriques, mais aussi des véhicules traditionnels. Et donc bénéficier de rendements d’échelle.”

“Ensuite, Stellantis doit aussi défendre sa place dans les marchés émergents, face aux véhicules chinois. L’entreprise est notamment présente au Brésil et en Turquie”, analyse l’expert.

Il voit d’ailleurs déjà des signes positifs : “Stellantis a pris cette charge de 22 milliards d’euros. Cela montre bien que le groupe réagit, qu’il est en train de se réorganiser. S’il y a une entreprise qui peut réussir dans la vente de voitures de masse, c’est Stellantis. Le groupe a un axe de profitabilité qui est très important, avec des véhicules qui présentent une marge. Mais il doit absolument arriver à rationaliser les marques.”

Ferrari : le cheval de course

À côté des annonces négatives de Stellantis, l’autre fait marquant de ces derniers jours sur le marché de l’automobile était l’annonce des bons chiffres de Ferrari. Un contraste donc… et les contrastes entre les deux groupes sont nombreux.

“Comparons-les. On ne peut pas avoir deux entreprises plus différentes. Stellantis est un fabricant de volumes qui vend 6 millions d’automobiles par an. Ferrari est une entreprise de luxe, qui vend 15.000 voitures. La base installée, c’est-à-dire la base industrielle, la valeur des usines, etc., c’est 45 milliards d’euros pour Stellantis. Contre deux milliards chez Ferrari. La capitalisation boursière de Stellantis est à 20 milliards d’euros. Celle de Ferrari est trois fois supérieure”, compare Jérôme van der Bruggen.

Les risques ne sont pas les mêmes non plus pour les deux groupes. “Stellantis est entre autres exposée aux risques du secteur de la consommation. Sa base de consommateurs peut de temps en temps faire face à une crise, ce qui impacte ses ventes. Tandis que les consommateurs de Ferrari sont beaucoup plus résilients en période de crise. Cela se montre aussi dans le contexte actuel de droits de douane.”

Et quelles sont les perspectives pour Ferrari ? “L’enjeu est de toujours réussir à rendre les voitures extra-désirables. Il faut fortement investir dans de la recherche. Une Ferrari n’est pas une autre : il faut aussi continuer à travailler sur la customisation de la marque. Ensuite il y a aussi le lancement de la Ferrari électrique. Est-ce qu’elle va plaire aux consommateurs ?”, conclut l’expert.

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