Erik Joly, expert boursier pour ABN Amro, est l’invité du JT de Trends Z, Trends des Marchés. Il commente l’entrée en bourse d’un acteur de la défense européenne : CSG.
L’IPO de CSG a eu lieu vendredi passé à Amsterdam. Une entrée fracassante : depuis, le cours a déjà gagné 32% (par rapport au prix de l’offre), dans un contexte de rallye des valeurs de défense européennes.
Trends Z : Quel genre d’entreprise est Czechoslovak Group, CSG ?
Erik Joly : “C’est un des producteurs les plus importants de munitions d’artillerie. CSG a comme client plusieurs membres de l’OTAN et également l’Ukraine. En 2024, ils ont racheté la société Kinetic Group aux États-Unis. Ils sont ainsi également devenus un producteur important de munitions de petit calibre. Ils produisent, en plus, des véhicules blindés ou encore des systèmes radar.
Les origines de la société remontent jusque dans les années 90. Pour rappel, c’est le moment où le rideau de fer est démantelé. CSG a commencé comme ferrailleur, à l’époque. Ils achetaient des jeeps, des blindés… Puis à un certain moment, ils se sont dit : “Pourquoi ne pas mettre à neuf ces véhicules ?” Ils ont donc commencé à vendre des véhicules blindés, bien souvent à des pays non européens, il faut bien le souligner.”
Quels sont les chiffres de l’entreprise ?
“C’est une société qui est assez dynamique. On n’a pas encore les chiffres pour l’année 2025 dans son entièreté, mais des résultats provisoires datant du 30 septembre 2025. Et c’est déjà un beau résultat. Le groupe avait alors un chiffre d’affaires de 4,5 milliards d’euros. Pour l’entièreté de 2025, il table sur 6,4 milliards de chiffre d’affaires et sur une marge ebit de 24 à 25%. C’est vraiment une société qui a le vent en poupe.”
Quelle est la taille de l’entreprise, sur la bourse d’Amsterdam ?
“Elle a fait une entrée en fanfare. Après deux journées de cotation, on voit qu’elle représente déjà une capitalisation boursière de 33,5 milliards d’euros. Ce qui hisse CSG à la 12ᵉ place des capitalisations néerlandaises, devançant ainsi des sociétés comme ABN Amro, Philips ou encore Ahold Delhaize. Le top trois est toujours SML, Shell et Unilever.
Cette introduction en bourse était vraiment quelque chose d’assez spécial. C’est quand même l’introduction en bourse la plus importante qu’a connue la place d’Amsterdam sur les dix dernières années. Jusqu’à maintenant, c’est la plus importante que l’on a vue dans le monde, en 2026.”
Ce succès est-il aussi lié à l’air du temps ?
“Évidemment, on a vu que le contexte a fortement changé. Tout d’abord avec le conflit en Ukraine. Puis il y a le président Trump qui a décrété que les membres de l’OTAN devraient en principe investir jusqu’à 5% de leur PIB en armement et en défense. 3,5% sont des investissements que je qualifierais de directs, soit dans le matériel, le personnel, des blindés, des chars, des navires et bien d’autres. Les 1,5% restants, c’est plutôt des investissements indirects, dans des voies ferrées ou encore dans la cybersécurité.”
Ces dépenses dans la défense, vont-elles continuer à augmenter ?
“Je pense que ce sera le cas. À mon avis, on parle vraiment d’une tendance qui est irréversible. Et cela explique le rallye des actions de la défense.”
Il y a quelques temps, les banques refusaient les investissements dans les actions de la défense. Qu’en est-il aujourd’hui ?
“Ce qu’on a vu par le passé, c’était dû aux fameux critères ESG, Environmental, Social and Governance. Dans un passé encore récent, on ne pouvait pas acheter ce genre de sociétés. Puis petit à petit, le secteur bancaire a changé son fusil d’épaule. Dans un premier temps, les banques ont autorisé à acheter des actions dans le secteur de la “défense”, c’est-à-dire des sociétés qui produisaient des armes “défensives”. Aujourd’hui, vous pouvez acheter presque tout ce que vous voulez.”