Les images en style Ghibli avec ChatGPT sont-elles bien légales ?

Après la mise en ligne de la version actualisée de ChatGPT (GPT-4o), internet a été inondé d’images et de memes générés dans le style du fameux studio Ghibli, à qui l’on doit notamment les films d’animation “Mon voisin Totoro”, “Porco Rosso” ou “Princesse Mononoké”. Mais est ce que cela est bien légal et ne risque-t-on pas une amende?

L'”intelligence artificielle (IA) pourrait prendre le travail des artistes japonais d’animation, mais rien ne pourra remplacer le talent d’Hayao Miyazaki, l’âme créatrice du Studio Ghibli”, affirme son fils Goro. Pourtant la vague d’images virales de style Ghibli générées par le programme de l’entreprise OpenAI pourrait bien, par son ampleur, réouvrir le débat sur la violation potentielle des droits d’auteur et l’utilisation de contenus pour développer ces logiciels. Car loin de n’être que positif et feel good, la tendance est déjà détournée. Ainsi l’armée israélienne et la Maison Blanche ont également proposé leur propre interprétation de ce phénomène.

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Une violation du droit d’auteur ?

D’un point de vue légal, la situation est floue. Comme l’explique Jozefien Vanherpe, professeure en droit d’auteur à la KU Leuven dans De Standaard, l’IA a été formée sur des œuvres protégées sans l’autorisation de leurs créateurs. Selon elle, cela relève de la “détournement institutionnalisé”. Aux États-Unis, des exceptions existent sous le principe du “fair use”, qui pourrait justifier l’entraînement des modèles d’IA. Toutefois, en Europe, la réglementation est plus stricte, et un tel usage sans consentement risque d’être contesté juridiquement. Plusieurs procès sont d’ailleurs en cours pour déterminer si l’intelligence artificielle peut être entraînée sur des œuvres protégées sans autorisation ni compensation.

Diffuser ces images est-il illégal ?

Les styles graphiques ne sont pas protégés par le droit d’auteur, mais copier des éléments distinctifs, comme la forme des visages et des yeux typiques de Ghibli, pourrait être considéré comme une violation. De plus, partager ces images sur les réseaux sociaux pourrait être problématique, car cela constitue une diffusion publique. Néanmoins la responsabilité pourrait être partagée entre les utilisateurs et OpenAI. Concrètement: un internaute peut générer et conserver une image pour usage privé, mais une publication sur les réseaux sociaux pourrait enfreindre les droits d’auteur.

OpenAI, de son côté, pourrait tenter de se déresponsabiliser en affirmant qu’il ne fait qu’offrir un outil, sans contrôler la diffusion. Cette controverse rappelle donc les débuts du piratage musical, où les maisons de disques ont d’abord poursuivi les utilisateurs avant de s’attaquer aux plateformes. Il est probable que dans ce cas aussi, les créateurs d’IA finiront par faire face à des procès intentés par des studios de cinéma ou des artistes.

Et qu’en pense le Studio Ghibli ?

Alors que les images générées par l’IA dans le style Ghibli se multiplient en ligne, une vidéo d’Hayao Miyazaki datant de 2016 a refait surface, témoignant pour certains de son aversion pour la technologie. “Je pense sincèrement que c’est une insulte à la vie même”, exprimait alors le co-fondateur du Studio Ghibli dans un documentaire de la télévision publique japonaise NHK. Il réagissait à une animation assistée par de l’IA d’une créature semblable à un zombie, qu’il a même qualifié d'”extrêmement désagréable”.

Mais, lors d’un entretien réalisé fin mars dans les locaux du Studio Ghibli, à l’ouest de Tokyo, Goro Miyazaki, son fils, a donné un avis plus nuancé. S’il se demande si le public serait prêt à regarder un film d’animation entièrement généré par l’IA, le réalisateur de 58 ans admet que les nouvelles technologies offrent “un fort potentiel pour l’émergence de talents inattendus.”

Le père de Goro, qui créait en dessinant, a fondé le Studio Ghibli avec Isao Takahata en 1985, un an après avoir réalisé le film d’animation post-apocalyptique “Nausicaa de la vallée du vent”. Après le décès de M. Takahata en 2018, Hayao Miyazaki, aujourd’hui âgé de 84 ans, a continué de réaliser des films d’animations avec le producteur Toshio Suzuki, 76 ans. “Si ces deux personnes ne peuvent plus faire d’animation ou ne peuvent plus bouger, alors que se passera-t-il ?”, s’interroge Goro Miyazaki, interrogé sur l’avenir du Studio Ghibli. “Ce n’est pas comme s’ils pouvaient être remplacés”. Malgré son âge, Hayao Miyazaki a remporté le deuxième Oscar de sa carrière l’an dernier avec son film “Le garçon et le héron”, qui sera probablement son dernier long métrage.

Le fils Miyazaki a lui rejoint le Studio Ghibli en 1998 et a réalisé deux films d’animations, dont “Les contes de terremer” en 2006 et “La colline aux coquelicots” en 2011. Il a également supervisé le développement du musée Ghibli dans le quartier de Kichijoji à Tokyo et le parc Ghibli qui a ouvert ses portes en novembre 2022 dans la région d’Aichi (centre du Japon).

Pour Goro la Gen Z (nés entre fin 1990 et début 2010), très au fait des technologies numériques, pourrait également progressivement rejeter le travail manuel. “De nos jours, le monde regorge d’occasions de regarder n’importe quoi, n’importe quand, n’importe où”, ce qui rend plus difficile l’idée de vivre de l’acte physique de dessiner, ajoute-t-il.

Les dessins animés sont communément destinés aux enfants, mais Takahata et Hayao, issus “de la génération qui a connu la guerre”, ont inclus des éléments plus sombres qui plaisent aux adultes, selon Goro Miyazaki. “Il n’y a pas que de la douceur, mais aussi de l’amertume et d’autres choses qui s’entrelacent magnifiquement dans l’œuvre”, ajoute-t-il, décrivant une “odeur de mort” qui imprègne ces films. “C’est ce qui donne toute la profondeur de ce travail.” Pour les jeunes qui ont grandi en temps de paix, “il est impossible de créer quelque chose avec le même sens, la même approche et la même attitude que la génération de mon père”, affirme Goro Miyazaki.

Néanmoins, “il ne serait pas surprenant que, dans deux ans, un film (d’animation) soit entièrement réalisé par l’IA”, affirme Goro Miyazaki, pour qui l’IA pourrait un jour “remplacer” les créateurs.

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