IA: de l’ennemi numéro 1 du cinéma aux Oscars d’Hollywood

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Il n’y a pas si longtemps, lors des grèves qui ont secoué Hollywood, l’intelligence artificielle (IA) était perçue comme une menace, un enjeu contre lequel scénaristes et acteurs se mobilisaient. Aujourd’hui, pourtant, elle est intégrée dans plusieurs films oscarisés. Le débat, loin d’être clos, continue d’agiter l’industrie du divertissement.

En 2023, deux grandes grèves ont paralysé Hollywood et toute l’industrie cinématographique. La première, celle des scénaristes, a duré de mai à septembre, suivie de la grève des acteurs, de juillet à novembre. Leur point commun ? L’IA.

Les scénaristes exigeaient des garanties contre son utilisation pour l’écriture de scripts et de scénarios. De leur côté, les acteurs réclamaient une protection contre l’exploitation de cette technologie permettant de recréer leurs voix et apparences sans consentement. Ces mouvements ont mis en lumière les inquiétudes croissantes du secteur face à l’impact de l’IA. Pourtant, deux ans plus tard, cette technologie s’est largement imposée dans l’industrie du divertissement, devenant un outil incontournable.

D’un danger fictif à une menace bien réelle

Hollywood a souvent dépeint l’IA comme une menace. De “Terminator”, où une intelligence artificielle militaire cherche à anéantir l’humanité, à “2001 : L’Odyssée de l’espace”, où HAL 9000 élimine l’équipage pour préserver sa mission, le cinéma a cultivé cette image d’un danger imminent. D’autres œuvres comme “Matrix”, “I, Robot” ou “Ex Machina” ont renforcé cette vision dystopique où l’IA finit par surpasser et dominer l’homme.

Aujourd’hui, cependant, la critique ne vise plus tant la technologie elle-même que ceux qui la conçoivent. Les entreprises exploitent des données publiques et protégées par le droit d’auteur pour entraîner leurs modèles, ce qui entraîne une levée de boucliers parmi les créateurs. OpenAI, Google et d’autres acteurs du secteur font face à de multiples poursuites, intentées par des auteurs, des acteurs et des médias, les accusant d’avoir utilisé leurs œuvres sans consentement.

Malgré ces controverses, Hollywood commence à expérimenter cette technologie. Dans “Emilia Perez” et “The Brutalist”, deux films nommés aux Oscars, l’IA a été utilisée pour modifier les voix des acteurs. Adrian Brody s’en est servi pour perfectionner son accent hongrois dans The Brutalist, tandis que Tom Hanks et Harrison Ford ont eu recours à l’IA pour un rajeunissement numérique.

L’IA devient ainsi de plus en plus courante dans les studios. OpenAI a même organisé un festival de films créés grâce à l’IA à Los Angeles, et les réalisateurs de Marvel, Joe et Anthony Russo, prévoient d’investir 400 millions de dollars pour développer des outils IA dédiés au cinéma.

L’IA, une révolution sous surveillance

L’IA générative, capable d’apprendre et de résoudre des problèmes de manière quasi humaine, soulève une grande inquiétude : remplacera-t-elle certains métiers du cinéma ? Scénaristes, animateurs, doubleurs, voire acteurs… beaucoup redoutent une automatisation croissante.

Bryn Mooser, cofondateur de Moonvalley, qui a conçu Marey, un outil d’IA générative rémunérant les cinéastes pour leurs images et utilisé avec leur consentement, insiste sur un point clé : “Les artistes doivent avoir leur place à la table des négociations.” Pour lui, il vaut mieux encadrer ces outils et les adapter aux besoins des cinéastes plutôt que de laisser les grandes entreprises technologiques les imposer sans concertation.

Pendant ce temps, les entreprises du secteur plaident pour un accès illimité aux œuvres sous copyright afin d’entraîner leurs modèles, avançant que les États-Unis risquent de perdre leur suprématie face à la Chine. Une demande qui suscite de vives oppositions : plus de 400 personnalités hollywoodiennes, dont Ben Stiller et Cate Blanchett, ont signé une lettre ouverte appelant à protéger la création artistique contre l’IA.

L’IA est désormais omniprésente dans l’industrie du divertissement et, malgré les réticences, elle ne cesse de se développer. “L’IA sera partout”, conclut Bryn Mooser. “Assurons-nous qu’elle soit utilisée de la bonne manière, sans que les artistes soient écrasés par les grandes entreprises.”

L’intelligence artificielle est présente dans la plupart des secteurs, ou presque, avec ses partisans et ses détracteurs, mais quel est son impact?

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