Fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux: la ministre Vanessa Matz sous protection policière


La ministre fédérale veut s’attaquer à un tabou en identifiant strictement chaque compte sur les réseaux. Les extrémistes et les déliquants, en ligne de mire, menacent en retour. Le niveau de protection à son encontre a été élevé.
Vanessa Matz est déterminée. “Je ne reculerai pas”, disait-il au Soir ce week-end. La ministre fédérale de la Modernisation publique , chargée du Numérique, s’attaque à un gros morceau et ne compte pas le lâcher. Son objectif: mettre fin à l’anonymat sur les réseaux sociaux, afin de protéger les plus fragiles contre le harcèlement.
Ce désir ne plait pas aux principaux intéressés, extrémistes et délinquants en première instance.
L’annonce avait été faite il y a deux semaines et Dries Van Langenhove, ancien député Vlaams Belang et activiste flamand extrémiste, avait relayé l’information. Non sans la déformer: “Ceci est l’étape finale avant que vous ne soyez obligés de vous identifier avec votre carte d’identité numérique pour pouvoir utiliser internet”.
Des messages de haine ont été publiés, menaçant de l’obliger à retirer ce projet “par la force” s’il le faut. Le niveau de protection à l’encontre de la ministre a été élevé par l’Ocam. Voilà désormais Vanessa Matz sous protection policière renforcée.
Itsme au coeur du projet
La levée de l’anonymat sur les réseaux était une demande explicite des Engagés lors des négociations de l’accord de gouvernement. Vanessa Matz avait déjà travaillé sur le dossier du ‘revenge porn’ lorsqu’elle était parlementaire et souhaitait avancer un cran plus loin dans cette direction.
Concrètement: “Dans l’accord de gouvernement, on parle d’associer chaque compte en ligne à une personne physique ou morale dûment identifiée, sans pour autant interdire le pseudonyme ni la possibilité d’associer plusieurs comptes à une même personne, rappelle-t-elle. Cela se ferait via un ‘service de certification de compte privé ou public, réalisé par un tiers de confiance’. Et on a de la chance, en Belgique, d’avoir une expertise d’authentification numérique qui est Itsme.”
L’application de reconnaissance d’identité a connu un boom lors de la pandémie de Covid, lorsque son utilisation était liée à la vaccination. C’est devenu un objet courant pour la déclaration fiscale, l’ebanking ou toute opération nécessitant une reconnaissance d’identité.
“Il s’agit donc d’interdire l’anonymat sur internet, plus précisément sur les réseaux sociaux, puisque pour chaque compte on devra pouvoir s’authentifier via Itsme“, précise la ministre.
Liberté d’expression
Le débat devrait avoir lieu au parlement dans le courant de cette année. La mise sous protection de la ministre témoigne du caractère sensible de l’enjeu, qui touche de plein fouet les groupes radicaux, mais aussi, potentiellement, des réseaux criminels.
“Je sais que ce sera un débat difficile, pour les questions bien légitimes qu’il suscite”, disait la ministre à nos confrères du Soir. La question de la liberté d’expression sera au coeur des discussions, et vu le détournement préoccupant de cette notion par les partis liberticides, cela risque de faire bruit.
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