4 milliards d’euros en plus pour la défense : jackpot en vue pour l’industrie wallonne ?
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
« Si tu veux la paix, prépare la guerre ». L’enjeu de la défense européenne est au plus haut depuis huit décennies. Pour l’industrie wallonne, il s’agit d’une immense opportunité. Du moins si Theo Francken (N-VA), ministre de la Défense, lui en donne les moyens. Il était en visite à Namur ce mercredi matin.
Alors que l’Arizona va sabrer dans les budgets de quasiment tous les départements, il n’en sera rien pour la défense. L’objectif de l’Arizona est de consacrer 2% du PIB belge aux dépenses militaires, d’ici 2029. Au vu de l’actualité géopolitique, il ne devrait s’agir que d’un début : le second objectif de 2,5%, en 2034, parait désormais bien faible. Récemment, Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN, appelait à atteindre les 4% du PIB. C’est d’autant plus vrai si notre allié américain venait à se désengager du Vieux Continent.
Un énorme potentiel
En attendant, pour cette législature, on parle tout de même d’un réinvestissement de 4 milliards d’euros, faisant passer le budget de la défense de 8 à 12 milliards d’euros. Jackpot en vue pour la Wallonie ? On sait que les principales entreprises de défense sont basées au sud du pays. Il suffit de penser à la FN Herstal, John Cockerill, Mecar, Safran ou encore à la Sonaca, sans oublier tous les sous-traitants.
La question, c’est de savoir quelle casquette portera Theo Francken, le tout nouveau ministre de la Défense. Celui qui reste un indépendantiste flamand laissera-t-il filer cette manne financière aux seuls francophones ? Le nationaliste s’est rendu ce matin à l’Elysette, dans “la magnifique ville de Namur”. Une première pour lui. Il s’y est entretenu avec le ministre-président wallon, Adrien Dolimont (MR), et Pierre-Yves Jeholet (MR), ministre wallon de l’Industrie.
Cette rencontre fait suite à celle que le ministre de la Défense a organisée hier avec le ministre-président flamand. À Namur, la rencontre a toutefois été express : 30 minutes, sans rien de très concret à son issue, mais des promesses de coopération. Theo Francken a souligné “la grande tradition” de l’industrie de la défense wallonne, avec “des entreprises à la réputation internationale”. Le nationaliste espère réaliser un accord de coopération entre les Régions et le fédéral “avant l’été” et dépêchera à l’Elysette “un officier de liaison” pour connecter les deux cabinets.
Le renflouement des investissements ira-t-il en priorité à la Wallonie au vu de l’importance du secteur ? “Pour être clair, il n’y a pas de clé de répartition entre la Flandre et la Wallonie, a répondu Theo Francken. Ça dépendra des dossiers. Par exemple, on a besoin de beaucoup de munitions. Dans ce cas, ça pourrait concerner la FN Herstal”. Quoi qu’il en soit, le ministre de la Défense ne chôme pas et multiplie les rencontres avec les industriels. C’était le cas à Munich, avec des acteurs internationaux, mais aussi en Belgique, avec le CEO de John Cockerill, François Michel, ou encore le patron d’Orizio et du secteur industriel belge, Stéphane Burton.
Une inquiétude
Mais attention au double jeu du nationaliste. Il nous revient qu’il aurait déjà exercé des formes de pression pour que les industriels francophones renforcent leurs activités au nord du pays.
Et il ne faut pas oublier non plus que toute une partie de l’industrie de la défense se situe également en Flandre. « À côté de l’industrie lourde de l’armement, il y a l’électronique, l’optoélectronique et les logiciels, qui représentent des budgets très significatifs pour tout l’armement, qu’il soit terrestre, aérien ou naval », nous indique une source qui préfère garder l’anonymat. D’autres bruits de couloir nous font part d’une réelle inquiétude au sein du secteur wallon de la défense. On saura très vite si Theo Francken joue cartes sur table au niveau des investissements.
De son côté, Pierre-Yves Jeholet préfère botter en touche ces craintes. Les discussions d’aujourd’hui ont servi “à faire un état des lieux” des secteurs qui pouvaient profiter de ces investissements. Il estime justement que “la visite de Theo Francken porte un message : il doit rassurer notre secteur industriel”. Privilégier la Flandre ? “Je ne suis pas comme ça”, a plaisanté le ministre de la Défense, sourire en coin.
Où trouver le financement ?
Mais le financement de la défense ne dépendra pas uniquement de son ministre de tutelle. La SFPI, sous la houlette de Jan Jambon (N-VA), jouera un grand rôle puisqu’elle alimentera le Fonds de la défense, qui doit lui-même contribuer à trois quarts de l’effort de guerre. L’accord de gouvernement prévoit entre autres de vendre certains bijoux de famille, comme des participations dans Ethias ou Belfius, mais aussi Proximus, Elia ou encore Bpost.
Theo Francken a confirmé que des discussions ont déjà eu lieu à ce sujet au sein du gouvernement fédéral, mais il n’a pas voulu en dire plus. On peut juste relever que la cotation en bourse des trois dernières entreprises citées ci-dessus est au plus mal. Il serait donc malvenu de vendre pour le moment. Rappelons que, sous la précédente législature, la SFPI a été déterminante dans le rachat des certains concurrents étrangers, notamment au profit de Cockerill et de la Sonaca. Il reste donc à voir quels seront les choix posés par le bras financier de l’État fédéral sous cette législature.
Pierre-Yves Jeholet en a profité pour recadrer les débats sur l’industrie de la défense : « On parle quand même d’un chiffre d’affaires de 1,8 milliard d’euros et de quelque 4.000 emplois en Wallonie, sur un total de 2 milliards d’euros et 4.800 emplois pour la Belgique. »
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