Crevettes de la mer du Nord contaminées aux PFAS: un risque pour l’économie belge?

Une étude de l’institut flamand ILVO révèle des niveaux préoccupants de substances chimiques polluantes dans les crevettes de la mer du Nord, menaçant non seulement la santé des consommateurs, mais aussi la viabilité économique de la pêche belge. Les recommandations des chercheurs pourraient impacter directement les activités de pêche et la filière agroalimentaire.
La contamination de la mer du Nord par les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS), également connues sous le nom de « polluants éternels », prend un nouveau tournant. D’après une étude publiée vendredi par l’institut flamand de recherche sur l’agriculture, la pêche et l’alimentation (ILVO), plusieurs échantillons de crevettes prélevés dans les eaux belges et néerlandaises présentent des concentrations dépassant les normes en vigueur pour l’alimentation humaine.
Les taux les plus alarmants ont été mesurés à l’embouchure de l’Escaut occidental, l’une des zones clés pour la pêche commerciale. D’autres sites, notamment à proximité de La Panne, affichent des niveaux plus faibles, mais la tendance observée est claire : les concentrations en PFAS augmentent d’ouest en est. Si les chercheurs soulignent que les taux ont globalement diminué sur les 20 dernières années, la persistance de cette contamination reste problématique pour la filière.
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Limiter les activités de pêche
Pour les acteurs du secteur, les conclusions de l’ILVO posent un double défi. D’un côté, la nécessité de renforcer la surveillance et la recherche, en collaboration avec les Pays-Bas et le Royaume-Uni, pour obtenir une vision complète de la pollution dans les eaux de la mer du Nord. De l’autre, la recommandation de limiter les activités de pêche commerciale dans l’estuaire de l’Escaut occidental pourrait affecter directement les volumes de capture et menacer la rentabilité des pêcheurs locaux.
La filière agroalimentaire n’est pas non plus épargnée. Une multiplication des alertes sanitaires risquerait de ternir la réputation des produits de la mer issus de la région, en particulier sur les marchés d’exportation où la qualité sanitaire est un argument de vente crucial.
Vers de nouvelles restrictions?
Les résultats de l’étude, fondée sur des échantillons prélevés tout au long de l’année 2024, interviennent dans un contexte où les régulateurs européens se montrent de plus en plus vigilants vis-à-vis des PFAS. De nouvelles restrictions sont à l’étude, et les industriels du secteur devront anticiper d’éventuelles évolutions réglementaires susceptibles de restreindre encore davantage la commercialisation des produits de la mer.
Au-delà de la gestion du risque immédiat, cette situation pourrait également ouvrir la voie à des opportunités de marché pour les entreprises actives dans la dépollution des eaux et les technologies de filtration des PFAS, un segment en plein essor sur fond de prise de conscience environnementale.