Bruno Colmant : « Le bazooka commercial se rapprocherait d’une guerre militaire avec les États-Unis »

Baptiste Lambert

Invité lundi soir dans le journal de Trends Z, l’économiste Bruno Colmant s’est montré très réservé quant à l’efficacité réelle des potentielles mesures anti-coercitives européennes face aux États-Unis. Selon lui, ces outils pourraient surtout accroître le risque d’une escalade majeure entre les deux rives de l’Atlantique.

Une rupture transatlantique inimaginable il y a encore un an

Commentant les nouvelles menaces douanières brandies par Donald Trump à l’encontre de huit pays européens, dont la France et l’Allemagne, Bruno Colmant dresse un constat sévère. « On est face à une rupture transatlantique inimaginable il y a un an », souligne l’économiste.

S’il reconnaît la volonté européenne de se doter d’un arsenal de riposte, il se montre sceptique quant à son efficacité réelle. « Ces mesures de coercition, je n’y crois pas beaucoup. Cela met trop de temps à être mis en œuvre », estime-t-il, évoquant également les résistances internes au sein de l’Union européenne, même lorsqu’elles restent minoritaires.

Des mesures lourdes de conséquences

Au-delà des délais et des blocages politiques, Bruno Colmant insiste sur la nature même des outils envisagés par l’Europe.  « On parle de rejet de transactions commerciales, d’actifs gelés. Cela signifie une rupture fondamentale », analyse-t-il. Selon lui, une telle stratégie pourrait provoquer une réaction en chaîne du côté américain. Loin de calmer les tensions, elle risquerait au contraire d’alimenter une spirale de représailles entre deux partenaires historiques.

Le risque d’une escalade incontrôlable

Pour l’économiste, le principal danger réside dans l’escalade que ce « bazooka commercial » pourrait déclencher. “Il engendrerait, chez les Américains, d’autres mesures coercitives », prévient-il.

Et de conclure sur une formule lourde de sens : « L’espoir, c’est qu’un équilibre se rétablisse, car ce genre de mesures se rapprocherait quasiment d’une guerre militaire avec les États-Unis. »

Une menace directe pour les entreprises européennes

Si Bruno Colmant juge certaines annonces américaines « exagérées », il n’en minimise pas pour autant leurs effets potentiels sur l’économie réelle. Une escalade commerciale pourrait affecter directement de nombreuses entreprises européennes présentes sur le sol américain.

« On peut imaginer qu’un jour, Trump nationalise des entreprises européennes aux États-Unis, limite les sorties de dividendes, rejette les clauses de double imposition. Toute une mécanique infernale se mettrait en place », avertit-il.

Vers la fin du lien transatlantique ?

L’économiste espère que ce scénario restera théorique. Mais il alerte sur ses implications systémiques. « Si ces menaces se concrétisent, ce serait la fin de la mondialisation, ou du moins la fin du lien transatlantique », conclut-il.

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