Bruno Colmant : “Il ne faut pas se réjouir d’une telle augmentation du prix de l’or”

L’or et l’argent enchaînent les records. L’once d’or a franchi le seuil symbolique des 5.000 dollars, illustrant une accélération spectaculaire du mouvement haussier des métaux précieux. Pour l’économiste Bruno Colmant, invité sur le plateau de Trends Z, cette envolée ne relève pas d’un simple emballement de marché : elle traduit une inquiétude profonde sur l’équilibre du système monétaire international.

« Une telle augmentation représente quelque chose d’important », analyse Bruno Colmant. Selon lui, la hausse des cours de l’or reflète d’abord une perte de confiance vis-à-vis du dollar américain, dynamique qu’il estime renforcée par la politique menée par Donald Trump.

Au-delà des considérations politiques, les interrogations autour de la soutenabilité de la dette américaine jouent également un rôle central. « Il y a des banques centrales qui ont réduit leur exposition à la dette américaine. Certaines ont été critiquées pour cela, mais elles ont choisi de renforcer leurs réserves en or », observe-t-il. Fait révélateur : l’or constitue désormais le deuxième actif le plus détenu par les banques centrales à l’échelle mondiale.

Banques centrales et tension sur l’offre

Ce repositionnement stratégique alimente une demande structurelle forte. Si la production minière ne parvient pas à suivre, le déséquilibre pourrait s’accentuer. Bruno Colmant évoque même « le début d’un risque systémique » si la dynamique actuelle devait s’emballer.

Le marché envoie déjà des signaux significatifs. L’action de Newmont Mining, l’un des principaux producteurs mondiaux d’or, a triplé en un an — reflet de l’anticipation d’une hausse durable des cours et de marges bénéficiaires en forte progression.

Vers une crise plus grave que 2008 ?

Pour l’économiste, le véritable enjeu dépasse la seule valorisation des métaux précieux. Le scénario le plus préoccupant serait celui d’un choc affectant simultanément le dollar et la dette américaine.

« S’il y avait un problème sur le dollar et la dette américaine, nous vivrions une situation plus grave que celle de 2008. C’est tout le système mondial qui serait en péril ». Bruno Colmant nuance toutefois : les États-Unis disposent d’un intérêt vital à préserver le rôle international du dollar. « Les Américains ont besoin d’imposer leur devise au reste du monde. Ils feraient tout pour éviter une catastrophe. »

Mais le simple fait que l’or et l’argent soient perçus comme des alternatives crédibles à l’actif de réserve mondial constitue, selon lui, un signal préoccupant.

Un thermomètre inquiétant

« Il ne faut pas se réjouir d’une telle augmentation du prix de l’or », conclut l’économiste. « Cela montre que quelque chose ne fonctionne pas de manière organique dans le système. »

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