“Nous choisissons le Danemark.” Le Premier ministre du Groenland est prêt à interrompre le processus d’indépendance de son pays, si ça lui permet d’échapper aux griffes des États-Unis, a-t-il indiqué mardi. Une réaction très peu goutée par le locataire de la Maison-Blanche. Ce mercredi, une rencontre diplomatique sous haute tension va avoir lieu à la Maison-Blanche, avec les ministres des Affaires étrangères groenlandais et danois, Marco Rubio et JD Vance.
Le message est limpide. « Si nous devons choisir entre les États-Unis et le Danemark, ici et maintenant, nous choisissons le Danemark. » En quelques mots, Jens-Frederik Nielsen, chef du gouvernement groenlandais, a rebattu les cartes d’un dossier explosif. Le Groenland, territoire autonome rattaché au royaume danois, préfère temporiser sur l’indépendance plutôt que de basculer sous influence américaine.
À Nuuk comme à Copenhague, la ligne est désormais commune. Les autorités locales, mais aussi une partie croissante de la population, plaident pour une indépendance « à long terme », pas pour un saut dans l’inconnu. « Pour d’autres, ce n’est peut-être qu’un bout de terre. Pour nous, c’est notre maison », résume la ministre groenlandaise de l’Économie, Naaja Nathanielsen.
Trump durcit le ton
La réaction américaine ne s’est pas fait attendre. Interrogé mardi sur les déclarations du Premier ministre groenlandais, Donald Trump a balayé l’argument d’un revers de main. « Je ne le connais pas, mais ça va devenir un gros problème pour lui », a-t-il lâché. Une menace à peine voilée, fidèle à une rhétorique déjà employée en 2019, lorsqu’il évoquait pour la première fois l’idée de « prendre » le Groenland.
Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président américain martèle l’importance stratégique de l’île arctique. Objectif affiché : contenir l’influence russe et chinoise dans la région. En coulisses, l’administration américaine aurait étudié plusieurs scénarios, allant de compensations financières à une prise de contrôle plus directe. Un discours jugé « totalement inacceptable » par Copenhague.
Une rencontre sous très haute tension à Washington
C’est dans ce climat électrique que les ministres des Affaires étrangères danois et groenlandais se rendent ce mercredi à Washington. La réunion, initialement prévue avec le secrétaire d’État Marco Rubio, se tiendra finalement à la Maison-Blanche, à la demande du vice-président JD Vance, connu pour ses positions très dures sur le dossier.
Officiellement, Lars Løkke Rasmussen espère « lever certains malentendus ». Officieusement, il s’agit surtout de désamorcer une crise transatlantique. Le Danemark rappelle avoir investi près de 90 milliards de couronnes – environ 12 milliards d’euros – pour renforcer sa présence militaire dans l’Arctique, et rejette les accusations américaines de laxisme sécuritaire.
L’Otan, l’Europe et le risque de fracture
Au-delà du Groenland, c’est l’équilibre de l’Otan qui est en jeu. « Il est difficile de tenir tête aux États-Unis, notre allié le plus important », a reconnu la Première ministre danoise Mette Frederiksen. « Mais le plus dur est peut-être encore à venir. »
Plusieurs analystes redoutent un précédent. Une pression américaine assumée sur un territoire européen fragiliserait un peu plus la cohésion occidentale. Une délégation du Congrès américain est d’ailleurs attendue prochainement à Copenhague pour afficher son soutien au Danemark, signe que le malaise dépasse la seule Maison-Blanche.