Tarifs douaniers: ce que Donald Trump ne comprend pas


Prenons l’exemple du café indonésien pour comprendre l’absurdité des tarifs douaniers imposés cette nuit par le Président américain.
Donald Trump, les pieds dans les pauvres roses blanches plantées par Jacqueline Kennedy devant la Maison Blanche, a donc présenté son Liberation Day. Il a arboré un tableau fantaisiste des tarifs douaniers que le monde appliquerait aux Etats-Unis (L’union européenne selon lui appliquerait des droits de douane de 40% !) et qu’il était donc temps pour les Etats-Unis de frapper en retour.
L’idée est de punir tout le monde (ou presque, où sont les tarifs douaniers sur la Russie ?)en imposant des droits de douane de 10% minimum. Mais les grands punis, ce seront surtout les consommateurs américains. Car Donald Trump fait mine de ne pas comprendre deux choses.
Qui paie les droits de douane ?
La première est que ce ne sont pas directement les pays qui exportent aux Etats-Unis qui seront sanctionnés. Les micros-trottoirs que l’on peut voir sur les chaînes de télévision américaines laissent entendre qu’une grande partie de la population américaine ne comprend pas comment fonctionnent les droits de douane. Prenons l’exemple d’un producteur de café indonésien qui vend son kilo de café 1 dollar. Si les Etats-Unis appliquent des droits de douane de 30%, le producteur indonésien continuera à vendre son café 1 dollar. Car en général, dans la plupart des contrats, les droits de douane sont payés par l’importateur, c’est-à-dire la personne ou l’entreprise qui fait entrer les marchandises dans un pays. L’importateur américain paiera donc le café indonésien désormais 1,3 dollar le kilo (les droits de douane imposés à l’Indonésie sont de 32%) : 1 dollar qui sera versé au producteur, et 0,3 dollar à l’Etat américain.
L’importateur va donc répercuter cette hausse de prix sur ses clients, comme la chaîne de distribution Walmart, qui va elle-même répercuter la hausse sur ses clients. Et donc c’est finalement le consommateur américain qui paiera 0,3 dollar supplémentaire sur le café qu’il achète. Les tarifs douaniers fonctionnent donc comme une taxe sur la consommation, qui va directement amputer le pouvoir d‘achat des ménages.
Faire flamber l’inflation aux Etats-Unis
Bien sûr, ces tarifs douaniers vont également être néfastes pour le producteur de café, qui vendra moins de café aux Etats-Unis puisque son produit sera plus cher. Bien sûr, l’importateur américain essaiera de changer les termes du contrat et de faire payer ces droits de douane par le producteur. Mais ce dernier sera très réticent, et essayera de trouver d’autres débouchés et vendre son café ailleurs.
Autre chose : les tarifs douaniers imposés par Trump sont visiblement généraux. Les amateurs de café qui auraient voulu se rabattre sur le thé ne seront pas mieux lotis, puisque des droits de douane supplémentaires vont s’attaquer aussi aux exportateurs de thé. Bref, ces tarifs douaniers auront pour effet direct de faire flamber l’inflation aux Etats-Unis (certaines estimations parlent d’un taux d’inflation dépassant les 5%) et de réduire le commerce mondial (certaines estimations tablent sur une baisse de 10-15%, soit l’équivalent de ce qui s’est passé lors de la crise des subprimes).
Les avantages comparatifs
L’autre élément que Donald Trump ne saisit pas, ce sont les avantages comparatifs :
L’idée de Trump, en imposant des tarifs douaniers, est de rapatrier aux Etats-Unis une grande partie de l’activité économique, et donc de créer une activité de producteurs de café dans le pays. Ainsi, les consommateurs américains ne payeraient plus de droits de douane sur leur café, et tout rentrerait dans l’ordre. Mais si les Etats-Unis ne produisent pas de café, c’est pour de bonnes raisons : il y a le climat, la géographie et aussi l’économie. L’Indonésie se trouve dans une zone tropicale, avec des températures élevées et relativement stables, propices à la production de café, d’huile de palme,…. Si un entrepreneur américain voulait produire du café sur le sol américain, il n’y parviendrait pas pour des raisons climatiques.
Et de plus, les ouvriers américains gagnent davantage en allant travailler dans les entreprises de services, dans les fermes américaines produisant par exemple du soja ou du maïs, dans l’industrie américaine. Disons-le autrement : un investisseur qui désirerait placer son argent aux Etats-Unis ne désirera certainement pas investir dans une plantation de café américaine, vouée à l’échec. Il investira ailleurs, dans des activités où, pour des raisons d’infrastructures, de connaissance, d’écosystème, les Américains sont bons.
C’est le principe des avantages comparatifs, introduit par David Ricardo au 19e siècle. Il est à la base du commerce international : chaque pays se spécialise dans ce qu’il fait “le mieux” par rapport à ses autres options, puis échange avec les autres, ce qui profite à tous. L’Indonésie vend du café aux Etats-Unis, et Microsoft vend ses logiciels aux Indonésiens. Mais ces avantages comparatifs sont présents partout : si toutes les pièces d’un iPhone devaient être fabriquées et assemblées aux Etats-Unis, l’iPhone coûterait le double ou le triple de son prix actuel.
Résumons : en imposant des tarifs douaniers au monde entier, Donald Trump va donc faire en sorte que le capital ne soit pas investi de manière efficace, va réduire le commerce et l’activité mondiale et va faire flamber la facture des ménages américains. Chapeau l’artiste !
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