Pour les Belges, les États-Unis sont désormais une plus grande menace que la Chine

Xi Jinpinget Donald Trump - SAUL LOEB, Evgenia Novozhenina / AFP / POOL
Baptiste Lambert

Les Belges n’ont pas “basculé” vers Pékin. Mais ils ont décroché de Washington. Un baromètre européen réalisé par Cluster 17 pour Le Grand Continent montre qu’en janvier 2026, Donald Trump est jugé plus menaçant pour l’Europe que Xi Jinping – et la Belgique suit cette tendance, avec un niveau de défiance qui grimpe en flèche.

En un an de présidence, Donald Trump aura eu le mérite de se mettre une majorité d’Européens à dos. C’est ce que décrit très largement un baromètre de Cluster 17 qui a interrogé 7.498 répondants issus de 7 pays : le Danemark, la Belgique, l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie et la Pologne.

Pour vous donner une tendance générale, plus de la moitié des Européens estiment désormais que Donald Trump est un “ennemi de l’Europe”. En janvier 2026, 21 % des sondés estiment que le risque d’une « guerre ouverte » avec les États-Unis dans les prochaines années est élevé. C’est un chiffre qui a doublé depuis décembre 2025, suite aux derniers évènements au Groenland.

Ce renversement n’est pas qu’une affaire d’image. Il touche la sécurité, les alliances et, plus largement, la manière dont les Européens lisent désormais la politique extérieure américaine : moins comme un parapluie, plus comme un risque.

Trump devant Xi dans la “menace” perçue

Attardons-nous sur les chiffres belges. Sur une échelle de 0 à 10, les répondants belges attribuent à Donald Trump un niveau de menace de 5,4, contre 4,3 à Xi Jinping. Vladimir Poutine reste, de loin, la menace principale (7,0). Mais le fait marquant est ailleurs : le président américain passe devant le dirigeant chinois dans la hiérarchie des inquiétudes.

18% des Belges estiment que le risque est élevé de voir les États-Unis entrer en guerre ouverte avec la Belgique, contre 7% pour la Chine. Une proportion tout à fait invraisemblable, il y a encore quelques mois.

Le Grand Continent insiste sur ce caractère “inédit” pour un allié historique. Dans la lecture proposée par Jean-Yves Dormagen, directeur de Cluster 17, c’est un changement de statut : les États-Unis “entrent dans la hiérarchie des risques”, aux côtés de la Russie, des organisations terroristes, de l’Iran ou encore de la Chine.

La Belgique, parmi les pays les plus durs avec Trump

Le jugement belge sur Trump est particulièrement sévère. 56% des Belges le considèrent comme “un ennemi de l’Europe” (contre 5% seulement qui le voient comme un ami). Et 95% estiment qu’il ne respecte pas les principes démocratiques : 56% vont jusqu’à dire qu’il “se comporte en dictateur”, 39% qu’il a “une tendance autoritaire”.

Ce socle d’opinion compte, parce qu’il change la lecture de tout le reste. Quand l’acteur est perçu comme hostile et illégitime, ses gestes diplomatiques ne sont plus interprétés comme de la négociation musclée, mais comme une logique de rapport de force. Le baromètre le capte explicitement : 70% des répondants belges estiment que Trump “fragilise l’Occident”.

Groenland et Venezuela

Le “moment Groenland”, selon l’expression du Grand Continent, sert de catalyseur. En Belgique, 92% jugent les déclarations de Trump sur le Groenland “graves” (dont 68% “très graves”). Et si les États-Unis intervenaient militairement, 89% des Belges y verraient un “acte de guerre contre l’Europe”.

La conséquence politique est immédiate : 73% des Belges seraient favorables à l’envoi de troupes européennes au Groenland “en posture défensive”.

Même logique sur le Venezuela : 71% des Belges jugent l’arrestation de Nicolas Maduro par les États-Unis illégale, car violant la souveraineté et le droit international. Cela alimente une lecture plus structurelle : pour 70% des Belges, la politique extérieure américaine se résume à une “recolonisation” et une “prédation des ressources mondiales”.

Autonomie stratégique

Quand on demande comment assurer la défense de l’Europe, 79% des Belges estiment qu’elle “ne doit plus compter que sur elle-même” sans miser sur le soutien américain. Et sur l’attitude à adopter envers Washington, la Belgique est à l’équilibre : 45% pour l’opposition, 45% pour le compromis (10% seulement pour l’alignement).

C’est l’un des enseignements les plus politiques du baromètre : l’alignement sort du champ du “réflexe” et devient une option minoritaire. Mais l’opinion ne se transforme pas non plus en bloc anti-américain prêt à l’aventure. Sur la relation Chine–États-Unis, la position dominante en Belgique reste celle d’une Europe qui garde ses distances : 57% veulent “la même distance” entre Washington et Pékin ; 14% choisissent de s’aligner prioritairement avec les États-Unis contre la Chine.

En Belgique, et plus largement en Europe, l’équation est donc claire : la Chine reste un rival, la Russie reste la menace majeure, mais les États-Unis – via Trump – sont désormais perçus comme un facteur de risque supérieur à Pékin.

Voilà la performance réussie par Trump.

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