Maros Sefcovic, l’Européen qui murmure encore à l’oreille des Américains

Maros Sefcovic © Belga

Commissaire européen aussi discret qu’expérimenté, le Slovaque Maros Sefcovic a hérité d’une mission quasi impossible: négocier avec l’administration Trump pour éviter à l’Europe une guerre commerciale avec les Etats-Unis.

Agé de 58 ans et inconnu du grand public, ce diplomate de carrière va de nouveau échanger vendredi avec ses homologues américains. Avec la lourde responsabilité de parler au nom des 27 pays de l’UE et de trouver le ton juste face à l’imprévisibilité des trumpistes. “Nous agirons de manière calme, soigneusement échelonnée et unifiée, tout en calibrant notre réponse”, a assuré le commissaire au Commerce.

Membre de l’exécutif européen depuis plus de quinze ans, Maros Sefcovic semble être un des rares à Bruxelles à pouvoir échanger avec la nouvelle administration américaine, dont le dédain à l’égard de l’Union européenne est manifeste. “Il est la personne idéale”, veut croire un diplomate européen. “C’est un bon négociateur, à la fois ferme et pondéré”, assure-t-il.

A Bruxelles, le Slovaque au large sourire et à la carrure bonhomme jouit d’une réputation de travailleur acharné. Vétéran des affaires européennes, il a l’oreille de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, après avoir travaillé sous les ordres de ses deux prédécesseurs José Manuel Barroso et Jean-Claude Juncker.

“Il est un peu ennuyeux, travaille dur, connaît son métier” et “a une ligne ouverte avec les Américains. C’est exactement ce dont nous avons besoin en ce moment”, estime une source diplomatique.

Diplomate à 12 ans

Techno bruxellois et ancien ambassadeur, Sefcovic parle peu aux médias. Face aux déclarations tempétueuses de Donald Trump, le commissaire a opté pour faire profil bas et mener la négociation pied à pied.

“L’histoire dira si c’est ce dont nous avions besoin pour l’Europe à ce moment précis ou si nous aurions davantage eu besoin d’un négociateur qui se fasse entendre et montre sa force”, glisse un haut responsable européen.

“Big Maros”, comme il est surnommé, a déjà hérité de dossiers sensibles par le passé au sein de la Commission, dont la mise en oeuvre de l’accord post Brexit entre l’UE et le Royaume-Uni. En Slovaquie, il avait tenté sa chance, sans succès, à la présidentielle de 2019.

Des liens avec Fico

Ancien membre du Parti communiste, le commissaire européen, est un proche du Premier ministre nationaliste slovaque Robert Fico, l’un des rares dirigeants prorusses de l’Union Européenne. Ces liens avec Fico lui valent parfois des attaques au Parlement européen, auxquelles Sefcovic répond en mettant en avant le bilan de ses longues années à la Commission.

Auparavant, il avait occupé plusieurs postes diplomatiques, dont celui d’ambassadeur en Israël. Il parle couramment l’anglais, le français et le russe et comprend l’allemand. Né et élevé à Bratislava, Sefcovic avait 12 ans lorsque son père lui offrit un livre sur la diplomatie pour Noël.

“C’est avec enthousiasme que j’ai lu comment Lord Essex avait voyagé en Afghanistan pour faire face aux crises locales”, racontait sur son site internet celui qui a fait des études à l’Université économique de Bratislava et à l’Institut d’Etat des relations internationales de Moscou.

Amateur de longues excursions avec ses deux golden retrievers et de natation, Sefcovic est un grand passionné de sports. Cela pourrait lui servir pour le bras de fer qui l’attend avec l’administration Trump.

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