Le jour où Donald Trump a coupé les Etats-Unis du monde et réveillé les démons des années 1930


Le président américain plonge l’économie mondiale dans l’incertitude en décrétant une longue liste de droits de douane “réciproques”, dont 20% pour l’Union européenne et 34% pour la Chine. Le spectre de la grande dépression et d’une inflation qui explose inquiète, jusqu’à certains dans son propre camp. Comment revenir à la raison?
Donald Trump jubile. Son “liberation day” a tenu toutes ses promesses, à ses yeux du moins. En annonçant une longue litanie de droits de douane “réciproques” touchant le monde entier, puis en présentant fièrement le tableau présentant cette folie, il a estimé que le 2 avril 2025 “restera à jamais dans les mémoires comme le jour où l’industrie américaine a réssuscité”.
Fasciné par le protectionnisme en vigueur au début du XXe siècle, le locataire de la Maison Blanche est en lévitation: “Aujourd’hui, nous nous levons pour le travailleur américain et nous plaçons finalement l’Amérique en tête. “Nous pouvons vraiment être très riches. Nous pouvons être tellement plus riches que n’importe quel pays, ce n’est même pas croyable, mais nous devenons intelligents.”
Les réactions préoccupantes sont venues du monde entier, Japonais et Taïwanais abandonnant leur légendaire placidité pour évoquer une décision “totalement déraisonnable” ou “extrêmement regrettable”. La plupart des pays, dont l’Union européenne, préparent la riposte.
Si l’on peut être certain d’une chose, c’est que l‘économie mondiale vient de vivre un tournant dont elle aura du mal à se remettre. Les Etats-Unis s’enfoncent dans un huis-clos qui inquiète jusqu’à certains représentants de la majorité présidentielle.
Le spectre de la loi Smoot-Hawley
Donald Trump, on le sait, est fasciné par le président protectionniste William McKinley (1897-1901). Il a toutefois oublié que son “âge d’or” remontait à une époque où la mondialisation n’avait pas façonné l’économie. Surtout, il oublie que ce même McKinley avait fait volte-face à la fin de sa vie, comprenant que ce protectionnisme était une erreur immense.
Un autre parallèle glaçant peut être fait avec les années 1930. Scott Lincicome et Colin Grabow, experts au Caro Institute de Washington D.C., rappellent au Soir qu’avec ces mesures annoncées, “les droits de douane atteindront des niveaux inégalés depuis la loi Smoot-Hawley de 1930, qui a déclenché une guerre commerciale mondiale et aggravé la Grande Dépression”.
A l’époque, plus de 20.000 biens étaient concernés et les ripostes avaient également eu lieu.
C’est bien le spectre d’une dépression économique que laisse planer cette démesure. Aux Etats-Unis même, le risque d’une inflation majeure, pourtant la crainte la plus forte de Trump qui avait dénoncé l’inflation post-Covid des années Biden.
Un début de fronde interne
Au sein même du parti républicain, des premières voix dissidentes se sont entendre, conscientes du risque que fait courir Donald Trump pour le pays, mais aussi pour son parti en vue des élections de “mid-term”.
Rand Paul (Kentucky), Susan Collins (Maine), Lisa Murkowski (Alaska) et surtout Mitch McConnel (Kentucky), ancien chef de la majorité sénatoriale, ont voté avec les démocrates au Sénat une résolution visant à bloquer les droits imposés au Canada. Un geste sans effet, mais qui témoigne d’un début de désapprobation.
“Si ces droits de douane entrent en vigueur, ils seront très préjudiciables“, a commenté Susan Collins, mettant en garde contre d’inévitables hausses de prix qui toucheront les plus démunis.
Donald Trump, lui, n’en a cure. “Les dirigeants étrangers ont volé nos emplois, les tricheurs étrangers ont saccagé nos usines et les charognards étrangers ont déchiré notre rêve américain si beau”, martèle-t-il.
Dans le parallèle aux années 1930, ce discours populiste sans frein fait évidemment songer à d’autres dérives. Le “liberation day” de Trump est aussi et surtout un “illiberation day”, consacrant cette “internationale réactionnaire” qui fait trembler le monde.
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