Gavin Newsom, principal opposant à Trump, tance les Européens : “Il est temps d’avoir des principes et de se tenir grand !”

Gavin Newsom, gouverneur de Californie, et Theo Francken © BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE
Baptiste Lambert

Le gouverneur de Californie, présent à Davos, est connu pour ne pas avoir sa langue en poche. Le démocrate emploie la manière forte face à un Trump qu’il juge “faible”. Ses tarifs ? “De la folie”. Son intention de prendre le Groenland ? “C’est massivement rejeté aux États-Unis.” Il appelle les Européens à se réveiller et à “porter un coup à la figure” du locataire de la Maison Blanche.

Gavin Newsom n’a pas mâché ses mots. En marge du Forum économique mondial de Davos, le gouverneur de Californie s’est posé en contrepoint direct de Donald Trump. Le démocrate, souvent cité parmi les figures présidentiables pour 2028, cible ce qu’il considère comme le cœur de la méthode trumpienne : exploiter toute faiblesse perçue.

« Donald Trump se nourrit de la faiblesse, point final », tranche-t-il devant plusieurs médias européens. À ses yeux, toute tentative d’apaisement, même tactique, est immédiatement interprétée comme un signal de recul. Et donc comme une invitation à aller plus loin.

Le message vise clairement les capitales européennes, accusées de multiplier les signaux contradictoires : indignation publique, concessions en coulisses. Une stratégie que Newsom juge contre-productive face à un président américain qu’il décrit comme gouverné par le rapport de force.

Tarifs, Groenland : « De la folie »

Sur le fond, Gavin Newsom démonte plusieurs piliers de l’agenda trumpien. Les menaces de droits de douane à 200 % sur les vins et spiritueux européens ? « De la folie », estime-t-il, rappelant que ces mesures frapperaient d’abord les consommateurs américains et nourriraient l’inflation.

Même sévérité sur le dossier du Groenland. L’idée de s’emparer de ce territoire autonome danois, au nom de la sécurité nationale, est qualifiée d’« absurde ». Newsom insiste : « C’est massivement rejeté aux États-Unis. Ce n’est pas une lubie populaire, c’est une escalade politique. »

Selon lui, Trump teste méthodiquement les lignes rouges de ses alliés. Il menace, observe les réactions, ajuste. Un jeu dangereux pour la relation transatlantique, mais aussi pour la crédibilité européenne.

« Frappez-le à la figure »

La formule a fait le tour des couloirs de Davos. Gavin Newsom appelle l’Union européenne à « porter un coup à la figure » de Donald Trump – politiquement et économiquement s’entend. L’idée n’est pas militaire, mais stratégique : répondre avec la même intensité, sans faux-semblants.

« Il recule quand on lui tient tête », affirme-t-il. Traduction : utiliser les outils dont dispose l’UE, notamment commerciaux et réglementaires. Tarifs ciblés, instrument anti-coercition, pression coordonnée. Parler d’une seule voix. Et agir.

Ce discours fait écho aux positions plus fermes exprimées à Davos par plusieurs dirigeants européens, dont Emmanuel Macron ou le Premier ministre Bart De Wever, qui évoquent désormais ouvertement des lignes rouges et des mesures de rétorsion.

Un message pour l’Europe… et pour 2028

Gavin Newsom ne s’en cache pas : la séquence actuelle est, selon lui, temporaire. « Ils ont encore trois ans. Après, c’est fini », glisse-t-il, convaincu que le trumpisme atteindra ses limites politiques, voire électorales, dès les prochaines échéances américaines.

Mais à une condition : que les alliés des États-Unis cessent toute complaisance. Le gouverneur californien parle autant aux Européens qu’à l’opinion américaine. Il se pose en incarnation d’une autre Amérique : multilatérale, prévisible, attachée aux alliances – mais ferme face aux démonstrations de force.

Derrière la charge contre Trump, le message est clair : la faiblesse coûte cher. En diplomatie comme en économie. Et l’Europe, prévient-il, a les moyens de se tenir “droite et forte”. Encore faut-il décider de s’en servir.

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