Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

04/12/13 à 11:25 - Mise à jour à 11:25

PSA : comment donner 21 millions d'euros de retraite à Varin?

Nous vivons une drôle dôle d'époque ! Epoque où gagner de l'argent devient de plus en plus tabou... Et on peut le mesurer cette fois encore avec une entreprise aussi emblématique que PSA qui regroupe Peugeot et Citroën.

En effet, la retraite de son dirigeant actuel, Philippe Varin, a suscité un branle-bas de combat de la part des syndicalistes, CGT en tête. Comment donner 21 millions d'euros à un ancien patron alors que la firme PSA ne va pas bien et fait l'objet d'une restructuration, bref, comment un scandale pareil est-il possible? L'émotion a été tellement vive en France, que Philippe Varin a très vite déclaré qu'il renonçait à sa retraite de 21 millions d'euros !

En réalité, il y a ce que disent les syndicalistes de la CGT, les politiques qui se sont engouffrés dans la brèche et puis la réalité. La réalité, c'est que Philippe Varin a réagi avec davantage de décence que bien d'autres patrons en abandonnant un droit qui lui était dû ! On l'a vu récemment en Belgique, il n'y a pas beaucoup de patrons qui sont capables de faire la même chose.

Or, ici, Philippe Varin l'a fait, non pas dans son intérêt personnel, mais pour celui de l'image de marque de sa future ex-entreprise. C'est un exemple d'auto régulation qui est très, très rare !

Et puis deuxième réflexion, si c'est vrai que PSA a provisionné dans ses comptes 21 millions d'euros, cela ne voulait pas dire que Philippe Varin allait toucher 21 millions d'euros, mais bien 300.000 euros par an et encore AVANT impôts, soit environ un total de 7 millions répartis sur 25 ans ! Tout le reste c'est-à-dire la différence entre les 7 millions et les 21 millions, ce ne sont que des impôts et des cotisation sociales... Mais bon, cette rectification était impossible à entendre car tout le monde est monté sur les barricades sans vérifier l'information !

Et puis, si l'on tient compte du fait qu'en France, pareille pension est fiscalisée à environ 75%, le premier bénéficiaire de la retraite du PDG de PSA n'aurait pas été Philippe Varin, mais l'Etat français et donc... le contribuable français ! Autrement dit, l'intérêt des contribuables aurait été qu'on donne cette pension à ce PDG, ce qui va à l'encontre du sens commun !

Mais nous sommes en période de crise, et les entreprises doivent désormais tenir compte de l'indignation populaire. Pour les uns, plutôt de gauche, cette indignation n'est après tout que l'expression d'une forme de morale moderne et le refus de payer une retraite complémentaire à quelqu'un qui aurait mis son entreprise au bord du gouffre. Et pour les autres, plutôt de droite, cette indignation est une nouvelle dictature de l'opinion, servie parfois par une nouvelle désinformation... Mais au final, tout monde y perd, car nous entrons dans un monde de défiance si les salaires et les retraites des uns et des autres sont systématiquement déballés à longueur de journée. Or, ce dont nos économies ont besoin, c'est de confiance et, pas de défiance.

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