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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

25/11/16 à 15:47 - Mise à jour à 15:46

Trump et les paradis fiscaux, une relation paradoxale

Je vais vous faire une révélation, les paradis fiscaux ont peur de Donald Trump. Oui, vous avez bien lu, les paradis fiscaux ont réellement peur du nouveau président américain !

Trump et les paradis fiscaux, une relation paradoxale

Donald Trump © REUTERS

C'est étonnant, car le New York Times avait révélé que Donald Trump a évité légalement de payer des impôts pendant près de 20 ans. S'il y a donc un champion du monde de l'optimisation fiscale, c'est bien Donald Trump. En toute logique, les paradis fiscaux devraient l'adorer. Eh bien, c'est exactement le contraire !

Bien entendu, cela demande quelques explications pour justifier ce paradoxe. Il faut savoir que les multinationales américaines possèdent 2.500 milliards de dollars en dehors des États-Unis. Une firme comme Apple par exemple possède à elle seule environ 200 milliards de dollars à l'étranger. En fait, tout cet argent, c'est le profit de ces multinationales et qui au lieu d'être rapatrié aux États-Unis, reste planqué à l'étranger. Pourquoi ? Parce que si cet argent devait rentrer au bercail, il serait fortement taxé. D'ailleurs, le patron d'Apple n'a pas caché à Barack Obama qu'il ne comptait pas rapatrier tout cet argent au taux d'imposition actuel ! Bref, jusqu'à maintenant, c'était un dialogue de sourds entre l'administration Obama qui disait aux multinationales "votre pays a besoin de cet argent, rapatriez-le" et les multinationales qui répondaient "on veut bien, mais pas pour être laminé à l'impôt des sociétés".

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Qui aurait cru que Donald Trump serait le cauchemar des paradis fiscaux ?

Aujourd'hui, c'est un renversement de situation complet: Donald Trump a promis qu'une fois qu'il serait à la Maison-Blanche, il inciterait toutes ces multinationales à ramener cet argent aux États-Unis. Comment ? En leur offrant un taux d'imposition unique de 10% seulement, pour une durée limitée. Le message de Trump est simple: revenez avec l'argent, je vous promets de vous taxer au taux minimum de 10%, mais attention, ce taux ne sera pas éternellement valable. Autrement dit, grouillez-vous de rapatrier vos profits, svp !

Plutôt malin comme idée, direz-vous ? Oui, sauf pour des pays comme l'Irlande qui se sont fait une spécialité d'accueillir des firmes comme Apple, Google ou Starbucks, justement parce que le taux d'imposition des sociétés y est très faible: 12,5% en Irlande. Du coup, c'est la panique là-bas, car avec Trump au pouvoir l'attrait fiscal de l'Irlande disparaît pour une bonne partie. Or, sans fiscalité ultra-douce, ce genre de pays n'a pas beaucoup d'autre attrait à offrir aux multinationales et risque donc d'être rayé de la carte de l'optimisation fiscale.

Le deuxième paradoxe de cette histoire, c'est que l'Irlande pourrait riposter en diminuant encore plus son taux d'imposition. Et Trump, au lieu de rapatrier l'argent aux États-Unis, n'aura réussi qu'à relancer une guerre fiscale entre les pays. Bien entendu, on n'en est pas encore là. Mais qui aurait cru que Donald Trump serait le cauchemar des paradis fiscaux ? C'est l'une des surprises de cette fin d'année.

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