Patrons et syndicats s'associent dans un fonds d'investissement

24/11/16 à 16:04 - Mise à jour à 16:04

Les partenaires sociaux ont réuni 100 millions pour lancer 'Invest for Jobs', un fonds d'investissement paritaire. Ils financeront des entreprises belges non-cotées et qui créent de l'emploi.

Patrons et syndicats s'associent dans un fonds d'investissement

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Non, vous ne rêvez pas : la FGTB et la CSC deviendront bientôt les actionnaires, indirects certes mais actionnaires néanmoins, d'une série d'entreprises belges. Les deux syndicats participent en effet au lancement du premier fonds d'investissements paritaire de Belgique, "Invest for Jobs". Son défi : concilier les ambitions financières -il faut un rendement- et socio-économiques, en contribuant à la création d'emplois.

L'idée est partie du constat, maintes fois répété, que l'épargne des Belges n'alimente pas suffisamment l'économie réelle. Les partenaires sociaux du secteur du Métal ont décidé de passer à l'action, en mobilisant une partie de leur propre épargne pour investir directement dans les entreprises. Soixante millions viendront du Fonds de sécurité d'existence (qui accorde une série d'avantages sociaux complémentaires) et quarante du Fonds de pension (deuxième pilier). Cet argent servira à prendre des participations ou à accorder des prêts obligataires à des entreprises actives en Belgique. En quelques mois, alors que le fonds va seulement devenir opérationnel, Invest for Jobs a déjà reçu 38 demandes spontanées d'entreprises, pour des investissements qui pourraient générer 1.250 emplois au total.

Comment faire le tri entre toutes ces sollicitations ? Le Fonds se limite aux sociétés non-cotées (les autres peuvent se financer en bourse), accordera une priorité au secteur du métal "mais sans exclure les autres", n'a pas vocation à détenir la majorité des parts d'une entreprise, ni même à siéger au conseil d'administration. Enfin, il ne prendra pas de dossiers en-dessous de 500.000 euros et n'est donc a priori pas destiné aux starters.

"Notre spécificité sera l'hybridation entre les critères financiers et sociaux, explique Marc Bolland, l'un des fondateurs d'Ogeofund et désormais co-directeur d'Invest For Jobs. Nous ne soutiendrons aucune entreprise dont les projets, même financièrement très rentables, n'ont aucun impact positif sur l'emploi." Comprenez bien : le rendement a son importance (les fonds sectoriels du Métal en ont besoin pour tenir leurs engagements envers les travailleurs qui ont cotisé) mais, précise Marc Bolland, on peut se satisfaire d'un "rendement stable à long terme". Des personnalités indépendantes, notamment issues de PwC, de Bois Sauvage et du monde bancaire, aideront les gestionnaires d'Invest for Jobs à poser les bons choix. La première décision d'investissement pourrait être actée lors du conseil d'administration du 25 janvier.

Marc Bolland est convaincu que ce "modèle innovant" peut intéresser d'autres acteurs, à commencer par d'autres fonds sectoriels évidemment mais aussi les investisseurs institutionnels, les banques ou les fonds de pension qui souhaiteraient diversifier leurs actifs. "Nous sommes prêts à accueillir d'autres investisseurs", clame-t-il. En termes de private equity (on parle bien ici d'un fonds purement privé), la Belgique reste à la traîne. "Les deux tiers des décisions de private equity concernant les entreprises actives dans notre pays se prennent depuis l'étranger", précise Eric Jonkers, co-directeur d'Invest for Jobs, après avoir fait l'essentiel de sa carrière dans le secteur de l'assurance. L'aspect "belge" peut dès lors intéresser certains partenaires.

Le modèle est très beau sur papier. Mais résisterait-il à des coups durs ? Qu'adviendra-t-il, par exemple, le jour où une société en portefeuille envisagera une restructuration ? "Des tensions surgiront évidemment de temps à autre, convient Nico Cué, secrétaire général des Métallos de la FGTB et président d'Invest for Jobs. Mais avons les compétences pour les régler. Nous partageons la nécessité d'avoir une société apaisée." Entre le souhait de sauvegarder l'emploi et le besoin de préserver les moyens des fonds sectoriels pour payer les compléments de pension des travailleurs, il y aura des compromis à faire. "Nous sommes issus de la concertation sociale, les entreprises qui s'adressent à nous savent à qui elles ont à faire, conclut Marc Bolland. Dans les négociations, nous avançons bien entendu des conditions financières, des taux et ce genre de choses. Mais aussi des objectifs en termes d'emplois. Nous suivrons les deux aspects de manière égale. Et si nous constatons qu'une entreprise n'attend pas ses objectifs d'emplois, nous pourrons reconsidérer l'investissement. Tout cela sera bien clairement fixé en amont."

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