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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

07/11/17 à 14:18 - Mise à jour à 14:18

'Les dessous de la stratégie expéditive du prince héritier saoudien'

Dimanche dernier, ça n'a pas vraiment rigolé en Arabie saoudite. On aurait même pu croire qu'on se trouvait non pas dans le royaume le plus conservateur au monde, mais à Moscou du temps de l'Union soviétique.

'Les dessous de la stratégie expéditive du prince héritier saoudien'

© Reuters

Le prince hériter Mohammed ben Salmane a en effet procédé à une véritable purge express au sein de son Royaume. Il a fait arrêter 11 princes, 4 ministres et des dizaines de dignitaires. Il a non seulement empêché toutes ces personnes de fuir, notamment en bloquant l'aéroport privé de Riad pour éviter qu'ils ne prennent leurs jets privés et ensuite, mais il les a également consignées non pas en prison, mais dans un hôtel, le Ritz-Carlton qui a été réquisitionné pour la bonne cause.

Et la bonne cause qui justifie toutes ces arrestations en masse, y compris celle du Prince Al Walid bin Talal, l'un des hommes d'affaires parmi les plus riches du monde, c'est que le Prince héritier les a accusés de corruption. En réalité, avec ce coup de grâce et ce passage en force, le prince héritier a de facto concentré entre ses mains tous les pouvoirs de son pays.

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Le prince héritier saoudien a, de facto, concentré entre ses mains tous les pouvoirs de son pays

À l'heure actuelle, personne ne sait pourquoi il a agi de la sorte et aussi rapidement. Est-ce pour éliminer une future opposition à son pouvoir ou est-ce en prévention d'une menace qu'il a voulu éliminer anticipativement ? Personne ne le sait encore. Mais ce que chacun voit en tout cas, c'est que le prince héritier, qui n'a que 32 ans, devrait sans doute devenir roi très bientôt, car son père abdiquerait en sa faveur, c'est en tout cas la rumeur qui court à Riad.

Par ailleurs, Mohammed ben Salmane est un homme pressé qui veut faire fi du passé. Il a assez répété à qui veut l'entendre que son pays a perdu les trente dernières années à ne rien faire et qu'il est plus que temps que l'Arabie saoudite devienne indépendante de son pétrole. Il sait que l'heure tourne, et cela s'est traduit sur le front politique par l'isolement du Qatar, un petit voisin qui le dérange fort, notamment dans sa volonté de financer des extrémistes islamistes. Cela se traduit aussi dans sa guerre au Yémen, qui pour l'instant ne donne aucun résultat très tangible. Cela se traduit dans un début de libéralisation des moeurs, avec notamment la permission enfin accordée aux femmes saoudiennes de conduire leur propre voiture. Et cela se traduit enfin par la privatisation partielle d'Aramco, la société pétrolière nationale qui devrait faire rentrer dans les caisses de l'État la bagatelle de 100 milliards de dollars au minimum.

Au final, ces arrestations en masse ont pour but de montrer à son peuple que comme il l'avait déjà dit, en matière de corruption, personne n'est à l'abri, pas même la famille royale, et c'est un message qui plaît au petit peuple qui a des histoires à n'en plus finir sur les débauches et la corruption de la famille royale.

De son côté, il semble que Donald Trump ait donné son accord tacite à cette opération main propre. Il a même profité de son voyage au Japon pour dire qu'il espère que l'introduction en Bourse de la société nationale pétrolière saoudienne se fera bien à la Bourse de New York. Comme quoi, avec Donald Trump, c'est toujours business first.

Et pour nous, Européens, cette purge radicale n'est pas une mauvaise nouvelle, car elle montre clairement que le prince héritier veut changer rapidement l'image de son pays, et notamment en cessant de financer les mouvements islamistes.

Reste à voir comment il va gérer la suite de cette purge express. Dans la région, ce genre de passation de pouvoir a souvent été sanglant. Ici, ce n'est pas le cas, car les personnes arrêtées n'ont pas été décapitées, mais confinées au sein du Ritz-Carlton. Reste à savoir ce qu'il va faire de ces princes et hommes politiques déchus. La gestion post-crise sera encore plus intéressante à suivre que les arrestations proprement dites. "Affaire à suivre", comme on dit dans les feuilletons policiers.

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