Les conséquences économiques du 'No' au référendum italien

05/12/16 à 10:26 - Mise à jour à 16:08

Source: Afp

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, doit remettre sa démission ce lundi après-midi au lendemain du camouflet subi au référendum, ouvrant une période d'incertitudes en l'absence d'alternative claire.

Les conséquences économiques du 'No' au référendum italien

Matteo Renzi © AFP

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Les Italiens ont massivement rejeté dimanche la réforme constitutionnelle qui prévoyait essentiellement de réduire les pouvoirs du Sénat, doté actuellement des mêmes pouvoirs que la Chambre des députés, ainsi que de limiter les attributions des régions et de supprimer les 110 provinces. Matteo Renzi, 41 ans, arrivé au pouvoir en février 2014 sur un programme de réformes, a aussitôt pris la parole et annoncé sa démission, tirant les conséquences d'un référendum sur lequel il s'est totalement engagé.

Cette décision ouvre une période d'incertitudes pour l'économie italienne, la troisième de la zone euro, qui reste à la traîne en Europe.

Les Bourses européennes indifférentes

Les Bourses européennes, en nette hausse, faisaient peu de cas ce matin de la victoire du non. "Le résultat avait été quand même largement anticipé, au moins la victoire du non", a commenté auprès de l'AFP Gilles Guibout, gérant actions Europe chez AXA IM. Vers 09H30 GMT, Paris prenait 1,27% tandis que la Bourse de Francfort progressait de 1,73%, celle de Londres de 0,78% et Milan de 0,72%. L'Eurostoxx 50 était quant à lui en progression de 1,59%.

La Banque centrale européenne (BCE), qui tient jeudi sa dernière réunion de politique monétaire de l'année, pourrait accélérer ses achats d'actifs en cas de besoin pour calmer les marchés.

Incertitude autour des banques

Le non au référendum plonge de nouveau les banques italiennes dans l'incertitude après des mois chaotiques, en particulier la Monte dei Paschi (BMPS), le plus vieil établissement financier de la planète.

A la Bourse de Milan, en fin de matinée, UniCredit chutait de 4,03%, Banca popolare di Milano de 3,97%, Banco popolare de 3,62%, Mediobanca de 2,38% et BMPS de 1,08%, des performances en berne certes mais moins terribles que redouté.

"Je ne m'attends pas à une énorme réaction négative des marchés financiers, le non ayant déjà été en grande partie pris en compte", souligne l'économiste Lorenzo Codogno, en expliquant que le secteur bancaire italien avait "nettement sous-performé depuis le début de l'année, en partie en raison de l'incertitude du référendum".

Depuis janvier, l'indice des banques italiennes a ainsi perdu 47% de sa valeur à la Bourse de Milan, témoignant, outre cette question du référendum, d'un manque de confiance plus général des investisseurs.

Les banques italiennes plient sous le poids de 360 milliards d'euros de créances douteuses --ces prêts non remboursés, dont le risque est très élevé qu'ils ne le soient jamais-- ce qui représente un tiers du total de la zone euro.

En outre, le secteur est très éparpillé, avec quelque 700 établissements différents, et plusieurs banques souffrent de problèmes de capitalisation, ce qui les fragilise.

Mais même si les marchés financiers gardent leur calme dans l'immédiat, le non pourrait avoir un effet rebond à moyen terme en raison de l'instabilité politique. "S'il n'y a pas de solution à la crise gouvernementale d'ici deux ou trois semaines, les marchés financiers recommenceront à être nerveux", pronostique M. Codogno, en estimant que "l'augmentation de capital de la Monte dei Paschi (BMPS) sera probablement retardée voire carrément annulée et toutes les autres opérations bloquées".

Troisième établissement financier italien et plus ancienne banque de la planète, la BMPS est considérée comme l'un des maillons faibles du système bancaire italien. Elle a affiché les pires résultats aux tests de résistance publiés fin juillet par l'Autorité bancaire européenne (EBA).

Pour redresser la situation, BMPS, dont le titre a chuté de 84% depuis le début de l'année, a lancé un vaste plan de sauvetage prévoyant la cession d'un important portefeuille de créances douteuses et une augmentation de capital pouvant aller jusqu'à 5 milliards d'euros.

Une première étape a été franchie cette semaine avec un milliard d'euros récupérés grâce à la conversion d'obligations, mais il reste encore 4 milliards à trouver...

"Il est en effet facile d'imaginer que les investisseurs étrangers qui pensaient participer à l'augmentation de capital fassent un pas en arrière. Il faudra donc une réponse nette, qu'il s'agisse d'une intervention publique, du recours au bail-in (mise à contribution des détenteurs de titres) ou autre", note Umberto Borghesi, gestionnaire de fonds.

Mais "même s'il y avait un gouvernement de transition, aucune force politique ne peut assumer la responsabilité d'une faillite de la Monte dei Paschi", banque symbole et poumon économique de la région de Sienne, ajoute-t-il.

Autre banque qui pourrait aussi tanguer dans ce contexte: UniCredit, qui devrait elle aussi avoir recours au marché en début d'année prochaine, pour un montant pouvant aller jusqu'à 13 milliards d'euros.

Néanmoins, le risque pour cette banque de ne pas trouver d'investisseurs est nettement moindre que d'autres petits établissements comme Carige ou Veneta Banca, qui se trouvent dans une situation encore plus périlleuse.

L'euro en baisse

L'euro fléchissait dans les premiers échanges asiatiques. La monnaie unique a décroché quand les sondages à la sortie des urnes ont été diffusés après la fermeture des bureaux de vote à 22H00 GMT, donnant le non vainqueur à plus de 54%, voire à près de 60%. Il a ensuite touché 1,0506 dollar à 08H22 (23H22 GMT), contre 1,0664 vendredi à New York.

Il s'agit du niveau le plus faible depuis mars 2015: l'euro était alors tombé à 1,0458 dollar.

Mais l'euro s'est toutefois rapidement redressé et s'inscrivant vers 09H30 GMT à 1,0642 dollar contre 1,0664 vendredi à New York.

Selon M. Guibout, "la surprise est plus sur l'ampleur de la défaite", a-t-il poursuivi, ajoutant que "la vraie question qui va se poser à très court terme c'est la capacité du système bancaire à recapitaliser" ses établissements.

A plus long terme, "la perspective d'élections aux Pays-Bas, en France, en Allemagne, en Italie va maintenir l'euro sous pression. Il pourrait reculer à 1,02 dollar en janvier-mars", pronostique Daisuke Karakama, économiste en chef chez Mizuho Bank, cité par Bloomberg, d'autres prédisant même la parité, un seuil inédit depuis 2002.

Dans le même temps, le yen, valeur refuge, se renforçait. Le dollar glissait à 112,88 yens aux premières heures de la matinée à Tokyo, contre 113,51 yens vendredi, avant de remonter.

A l'unisson, la Bourse de Tokyo se repliait (-0,82% à la clôture pour l'indice vedette Nikkei). Ailleurs dans la région, Hong Kong (-0,75%) évoluait aussi dans le rouge, tandis que Séoul (-0,37%) et Sydney (-0,80%) ont fini sur une note négative.

Le taux d'emprunt à 10 ans grimpe, mais ne s'envole pas

Peu après l'ouverture du marché secondaire à 07H00 GMT (8 HB), où s'échange la dette déjà émise par les Etats, le taux d'emprunt à 10 ans de l'Italie s'inscrivait à 1,996% contre 1,902% vendredi soir à la clôture, signe que les investisseurs se défont de ces titres, la baisse des prix faisant mécaniquement remonter les taux.

Ils retrouvaient ainsi des niveaux déjà atteints la semaine dernière.

"La large victoire du non au référendum italien ouvre une période d'incertitude politique dans le pays", estiment les stratégistes obligataires de BNP Paribas.

"Les investisseurs commencent à s'habituer à ce retour assez important du risque politique", observe pour sa part auprès de l'AFP Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Banque, ce qui explique en partie le rebond du marché.

Vu le contexte, les investisseurs avaient plutôt tendance à délaisser les dettes des pays jugés plus fragiles, à l'instar de l'Italie, comme celle de l'Espagne dont le taux d'emprunt progressait légèrement à 1,579% contre 1,543% vendredi soir.

Les ministres de la zone euro sereins

Les ministres des Finances de la zone euro ont affiché lundi leur sérénité malgré la démission du Premier ministre italien Matteo Renzi, l'Allemand Wolfgang Schäuble et le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, soulignant le calme des marchés.

"Il n'y a pas de raison de parler d'une crise de l'euro (...) Les réactions sur les marchés sont calmes (...) Je crois que nous devons prendre cela avec une certaine sérénité", a déclaré M. Schäuble, en arrivant à une réunion des ministres des Finances de la zone euro à Bruxelles.

"Jusqu'ici les marchés ont réagi calmement (...) Cela ne change pas vraiment la situation de l'économie en Italie ou des banques italiennes, les problèmes que nous avons aujourd'hui, sont les problèmes que nous avions hier et il faut y faire face", a dit M. Dijsselbloem qui est aussi ministre néerlandais des Finances.

"L'Italie a besoin urgemment d'un gouvernement capable d'agir, et j'espère qu'il va poursuivre le cours des réformes qu'il a engagées", a martelé M. Schäuble.

"L'Italie est un pays solide dans lequel nous avons confiance", a estimé le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici. "J'ai confiance en la capacité de la zone euro de résister à toutes sortes de chocs. Je crois que nous avons maintenant un système très solide", a-t-il ajouté.

L'Italie "est un pays solide, un pays ancré dans la construction européenne", a remarqué de son côté le ministre français des Finances, Michel Sapin. Questionné sur ce que pouvait faire l'Europe pour éviter un risque systémique après le référendum italien, M. Sapin a répondu: "Il n'y a aucun risque systémique particulier. Ca n'est pas une décision prise sur un sujet constitutionnel en Italie qui pourrait en quoi que ce soit créer un risque systémique".

Le ministre espagnol de l'Economie Luis de Guindos a également constaté: "L'impact sur le marché a été très réduit. Je pense que les marchés avaient déjà prévu le résultat probable du référendum".

Pas comparable au Brexit

Le gouverneur de la Banque de France (BdF), François Villeroy de Galhau, a relativisé l'impact du rejet de la réforme constitutionnelle en Italie, estimant que cela "ne pouvait être comparé" à la décision choc des Britanniques de quitter l'Union européenne.

"En 2016, le monde en général, et l'Europe en particulier, a connu une période de fortes incertitudes: des incertitudes liées à notre sécurité, avec la menace des attaques terroristes; des incertitudes politiques avec le Brexit et, plus récemment, la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis (...)", a-t-il rappelé lors d'un discours à Tokyo.

"Le référendum en Italie peut être considéré comme une autre source d'incertitude. Cependant il ne peut être comparé au référendum britannique: les Italiens ont été appelés aux urnes pour se prononcer sur un sujet constitutionnel interne, et non sur l'appartenance de longue date de l'Italie à l'UE", a poursuivi M. Villeroy de Galhau, tout en se disant "attentif aux répercussions" du vote qui a fait tomber le chef du gouvernement italien Matteo Renzi.

Incertitude politique

Après un dernier conseil des ministres "dans l'après-midi", M. Renzi se rendra au palais du Quirinale donner sa démission au président Sergio Mattarella, chef d'Etat discret et effacé à qui il revient de gérer la transition. Il pourrait convoquer des élections anticipées, soit, plus vraisemblablement, nommer un gouvernement "technique", comme l'Italie en a déjà connus, chargé de réformer la loi électorale.

La plupart des formations politiques semblent s'accorder sur la nécessité d'une nouvelle réforme électorale, et donc de la nomination d'un gouvernement "technique", dont l'une des premières missions sera aussi de faire adopter le budget.

Plusieurs noms circulaient avant même le référendum pour prendre la tête de ce gouvernement, dont celui du ministre des Finances Pier Carlo Padoan, qui a d'ailleurs annulé sa participation à un Eurogroup à Bruxelles pour rester à Rome.

Sa nomination pourrait répondre à un souci de rassurer les marchés, qui redoutent une nouvelle phase d'instabilité politique dans la troisième économie de la zone euro.

Les populistes du Mouvement 5 étoiles (M5S) et de la Ligue du Nord ont pour leur part réclamé une dissolution immédiate du Parlement. "Les Italiens doivent être appelés à voter le plus rapidement possible", a martelé Beppe Grillo, chef du M5S, sur son blog. "La chose la plus rapide, réaliste et concrète pour aller tout de suite au vote est d'y aller avec une loi qui existe déjà, l'Italicum".

Cette loi électorale, adoptée en mai 2015, prévoit une forte prime majoritaire à la chambre des députés au parti qui dépasserait 40% des voix au premier tour ou qui remporterait un éventuel second tour entre les deux partis arrivés en tête au premier. Selon les derniers sondages, le M5S sortirait vainqueur d'un scrutin de ce type.

Mais la prime majoritaire ne s'applique qu'aux députés, alors que l'échec de la réforme du Sénat laisse la chambre haute avec tous ses pouvoirs et une élection à la proportionnelle, ce qui risque de rendre le pays ingouvernable.

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