Le rouble entraînera-t-il Poutine dans sa chute?

17/12/14 à 12:24 - Mise à jour à 12:24

Source: Le Nouvel Obs

Début novembre, le site La Voix de la Russie annonçait que 85% de personnes interrogées appréciaient hautement le travail réalisé par Vladimir Poutine, notamment en raison de la reprise économique qu'a connu le pays sous sa présidence.

Le rouble entraînera-t-il Poutine dans sa chute?

© REUTERS/RIA Novosti

Oui, mais... la dégringolade que connait actuellement le rouble amasse bien des nuages dans le ciel de Poutine. Si cela fait quelques semaines que le rouble connaît des faiblesses, la dégringolade de la monnaie russe s'est accentuée hier en atteignant, en fin de matinée, de nouveaux records de faiblesse face au dollar et à l'euro.

Le rouble avait connu une accalmie grâce à une hausse spectaculaire des taux annoncée par la banque centrale russe. En effet, celle-ci a relevé son taux directeur à 17%, contre 10,5% auparavant, soit une hausse de 650 points de base. Mais cela n'a pas suffi pour stabiliser le rouble, car moins de deux heures après un rebond, la monnaie russe a de nouveau décroché. L'euro a dépassé pour la première fois de son histoire les 80 roubles et le dollar 65 roubles. Sur la seule journée de lundi 15 décembre, la monnaie russe avait perdu près de 10% de sa valeur, un plongeon d'une ampleur inégalée depuis 1998, année noire durant laquelle la Russie avait été placée en défaut de paiement.

Pourquoi cette chute soudaine ?

Spontanément, on pense aux mesures économiques prises par les Etats-Unis et l'Europe contre la Russie en représailles au soutien du Kremlin aux séparatistes pro-russes en Ukraine. S'il est clair que cet embargo a affaibli les ressources économiques russes, il n'est pas seul à expliquer la faiblesse que connait le rouble.

La chute du prix du pétrole y est pour beaucoup plus que cet embargo occidental. Selon le site du Nouvel Obs, le pétrole fournit près de la moitié des recettes budgétaires de Moscou. Et de souligner une intervention, datant de fin novembre, de Anton Silouanov, ministre des Finances russe: "Nous perdons de l'ordre de 40 milliards de dollars [soit 32 milliards d'euros] par an à cause des sanctions géopolitiques et nous pouvons perdre de 90 milliards à 100 milliards de dollars [72 milliards à 80 milliards d'euros] par an à cause de la baisse de 30 % du cours du pétrole."

Quelles sont les "solutions" ?

Vladimir Poutine a encore quelques cartes dans sa manche pour tenter d'endiguer le mini-krash et garder la confiance du peuple russe. Selon le Nouvel Obs, il aurait a proposé "une amnistie complète" à ceux qui rapatrierait leurs capitaux. Selon la banque centrale, près de 100 milliards d'euros auraient quitté le pays en 2014... Reste à voir si cette somme réintégrera, du moins en partie, le sol russe.

Deux autres possibilités s'offrent encore à lui, soit rétablir le contrôle des changes, mais, selon le Nouvel Obs, cette décision ternirait l'image de la Russie à l'échelle internationale, soit de faire des économies dans le budget de l'état russe.

Quoi qu'il en soit pour les ménages russes, les conséquences de la chute du rouble sont déjà très présentes. Les prix ne cessent d'augmenter (+10% sur un an) et ce n'est pas fini. Devant la volatilité de la monnaie russe, des commerçants ont commencé à afficher leurs prix en devises étrangères, une pratique courante par le passé, mais interdite sous l'ère Poutine. Si on ajoute à cela que les perspectives économiques annoncées par la banque centrale russe pour l'année 2015 sont loin d'être encourageantes... On comprend d'autant mieux que le spectre de 1998 effraye la Russie.

On peut dès lors se demander si le président Vladimir Poutine gardera encore longtemps la confiance de ses concitoyens. Une nécessité si l'actuel président veut se présenter aux élections présidentielles de 2018 et avoir une chance de rempiler pour un mandat de 6 ans.

En attendant, faute de connaître le résultat des urnes, une blague circule à Moscou : quel est le point commun entre Vladimir Poutine, la valeur du rouble face au dollar et le prix du pétrole ? Ils atteindront tous les trois 63 l'an prochain...

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