Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

28/11/16 à 13:53 - Mise à jour à 13:53

'La crise de la démonétisation en Inde doit nous servir de leçon'

Ce qui vient de se passer en Inde est unique au monde. Voilà un pays où le gouvernement a utilisé les grands moyens pour lutter contre la corruption. Il a décidé du jour au lendemain de démonétiser les billets de 500 et 1000 roupies, soit 86% de la valeur de la monnaie en circulation en Inde !

'La crise de la démonétisation en Inde doit nous servir de leçon'

© Reuters

Cela veut dire que ces billets ne peuvent plus être utilisés nulle part pour payer quoi que ce soit vu qu'ils sont démonétisés. Mais attention, je n'ai pas dit que ces billets de 500 et 1000 roupies ne valent plus rien. Simplement, les citoyens indiens sont incités à les échanger contre de nouvelles coupures de 500 et 2000 roupies. Qu'est-ce qui change direz-vous ? Eh bien, tout, car à part l'équivalent de 4000 roupies (pour vous donner une idée, c'est 55 euros), tout le solde doit être déposé sur un compte bancaire et les retraits sont plafonnés.

Vous l'avez compris, le but du gouvernement indien est de lutter contre l'argent noir, celui qui sert à la corruption locale et à la fraude fiscale. N'oubliez pas qu'en Inde, seulement 3% de la population paie l'impôt sur le revenu. Et désormais, le fisc indien aura accès aux comptes bancaires et leurs titulaires devront s'expliquer sur l'origine des fonds ! Les fraudeurs risquent une pénalité de 200%, autant dire que les sommes seront englouties par le fisc.

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Sans cash, impossible de retirer son épargne pour éviter d'être tondus

Inutile de vous dire que cette mesure a provoqué un chaos sans nom en Inde, vu que personne, je dis bien personne, du plus riche au plus pauvre, ne paie quoi que ce soit sans passer par le cash. Le pire, c'est que les distributeurs de billets n'ont pas été reconfigurés pour accepter ces nouveaux billets. La raison ? Comme le gouvernement a voulu garder secret cette opération, il n'y avait que le Premier ministre, le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque Nationale qui étaient au parfum. Il était donc impossible de préparer techniquement cette spoliation légale. Les Indiens devront attendre plusieurs semaines avant de voir les choses rentrer dans les rangs.

Si c'est le cas d'ailleurs... car au vu des queues devant les banques et du chaos créé par cette mesure, le gouvernement s'est rendu compte, mais trop tard, que le cash n'était pas seulement utilisé par les riches fraudeurs, mais par le petit peuple. Même les sites de e-commerce fonctionnent avec le cash, car c'est lors de la livraison du produit que le paiement en cash a lieu. En remettant en cause le pilier central de l'économie informelle, le gouvernement a compris qu'il avait ouvert une boîte de Pandore.

Pour nous, Occidentaux, c'est aussi une leçon: les banquiers centraux rêvent de la disparition du cash. Chez nous, c'est aussi pour pouvoir appliquer des taux d'intérêt négatifs sur notre épargne. Si nous avons du cash, nous pourrions retirer notre épargne pour éviter d'être tondus, mais s'il n'y a plus de cash, nous n'aurons plus aucune échappatoire. C'est à méditer...

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