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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

06/10/15 à 15:03 - Mise à jour à 15:03

L'économie du futur sera-t-elle un retour vers le passé ?

Vous souvenez-vous de ce film de 1955 d'Elian Kazan 'Sur les quais' ? On y voit notamment des dockers assis sur un banc, attendant qu'un éventuel employeur leur propose du boulot. Qui pour quelques heures, qui pour une journée, voire, pour les plus chanceux, une semaine...

L'économie du futur sera-t-elle un retour vers le passé ?

© Elian Kazan

Ce film, qui a déjà quelques décennies au compteur, pourrait représenter en quelque sorte l'économie de demain, avec un travail à la demande et non plus avec des horaires et des salaires fixes. C'est ce qu'essaient d'imposer indirectement les acteurs de l'économie numérique comme la société Uber avec ses taxis ou plus récemment encore Amazon.

En effet, Amazon vient de lancer un nouveau service: le livreur payé à la tâche. Appelé Flex, comme flexible, ce nouveau service vous permet de devenir livreur pour Amazon sur des créneaux de 2, 4 ou 8 heures par jour. Quant aux conditions, elles sont simples: vous devez être âgé d'au moins 21 ans, détenir un permis de conduire, disposer d'une voiture et avoir un smartphone équipé d'Android. Pour ce qui est des honoraires, on parle de 16 à 22 euros par heure. Mais bien entendu, comme pour Uber, l'employeur, c'est-à-dire Amazon, ne vous assure aucune couverture chômage ou maladie, sans oublier que l'assurance de la voiture sera à votre charge, ainsi que l'essence.

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"L'économie du futur sera-t-elle un retour vers le passé ?"

Le principe, évidemment, c'est que vous soyez considéré comme un indépendant, ce qui permet à Amazon de limiter ses coûts. L'idée est d'encore améliorer le délai de livraison de ses colis. La firme pourra le faire grâce à ces indépendants qui iront prendre les paquets dans de mini-entrepôts et iront les livrer aux clients dans un périmètre limité, ce qui permet à ces indépendants de travailler sur période également limitée. Pour l'instant, le service est uniquement proposé aux États-Unis. Mais soyons clairs: il montre à quoi ressemblera l'économie de demain.

Jusqu'à présent, l'économie reposait sur le principe traditionnel d'une entreprise dont l'organisation interne coûtait moins cher que l'achat de biens ou de services à l'extérieur. Mais comme le faisait remarquer The Economist, "avec des smartphones d'une puissance considérable dans les poches de tout un chacun, il devient de plus en plus simple de trouver des personnes hors de l'entreprise pour réaliser une variété de tâches de plus en plus grande." En clair, les entreprises de demain, grâce aux smartphones, n'auront plus besoin de locaux et plus besoin de salariés. La plupart des jobs seront réservés à des indépendants. Sauf si la justice requalifie ces travailleurs indépendants en salariés, comme elle l'a fait pour un conducteur d'Uber en Californie.

Mais l'ironie de toute cette histoire, c'est qu'au moment même où Amazon lançait ses nouveaux jobs de livreurs indépendants à 16 euros de l'heure, le magazine américain Forbes annonçait que Jeff Bezos, le fondateur d'Amazon, n'avait jamais été aussi riche, avec une fortune évaluée à 42 milliards d'euros...

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