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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

29/07/15 à 10:43 - Mise à jour à 10:46

'L'ajustement fiscal se fera une nouvelle fois sur la classe moyenne...'

Dans les dernières mesures fiscales prises par le gouvernement avant qu'il ne parte en vacances, il y en a une qui suscite pas mal de discussions: celle sur la taxation des plus-values dites spéculatives. En effet, les plus-values sur actions réalisées par un particulier avant un délai de 6 mois seront désormais taxées.

'L'ajustement fiscal se fera une nouvelle fois sur la classe moyenne...'

Le gouvernement Michel. © Belga

Cette mesure fait pas mal parler d'elle tout d'abord parce qu'elle est surtout symbolique, vu que même le gouvernement n'a prévu que 28 millions d'euros de recettes fiscales, ce qui est franchement dérisoire. Mais bon, c'est sans doute le prix à payer politiquement pour éviter que ce gouvernement ne soit considéré comme à la solde du grand capital.

En réalité, cette taxe suscite plus d'interrogations qu'elle n'a de réponses. D'abord, comme les moins-values seront également déductibles, certains se demandent qu'elle va être la véritable portée de cette taxe. Ne risque-t-on pas de voir quelques petits malins anticiper leurs moins-values et, au contraire, reporter leurs plus-values ? D'autres disent que le gouvernement a prévu ce genre de dérapage, mais pour l'heure, faute de texte ou de documents précis, on en reste aux interrogations.

Par ailleurs, cette nouvelle taxe ne sera pas facile à mettre en place pour le secteur bancaire. Prenez le cas d'un client qui change de banque et vient avec son portefeuille d'actions qu'il vend un mois après, alors qu'il détenait déjà ses actions depuis plus de 6 mois. Pour éviter qu'il ne soit indûment taxé, la nouvelle banque devra prendre contact avec l'ancienne pour apporter les preuves que ces actions sont détenues depuis plus de 6 mois. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cela va compliquer la tâche des banques.

Certains pensent même que cette taxe risque de tuer certaines petites banques spécialisées dans les clients qui achètent et vendent rapidement des actions on line. En effet, avec une taxation des plus-values à court terme, ces banques exclusivement on line risquent de mettre la clé sous le paillasson, et donc d'augmenter le chômage.

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Comme souvent, c'est sur la classe moyenne que se fera l'ajustement fiscal...

Et puis, il y a ce délai de 6 mois qui suscite encore des interrogations. Le but, si j'ai bien compris, c'est de taxer la spéculation, et donc d'encourager les placements de "bon père de famille", comme on dit. Que dire alors au "bon père de famille" qui achète des actions parce qu'il croit en leur potentiel à moyen terme, mais qui, pour une raison ou une autre, voit que le cours des actions qu'il a acheté flambent après 3 mois ? En tant que "bon père de famille", il sait qu'il doit vendre, car il est au courant que les arbres ne grimpent pas jusqu'au ciel. Pourtant, il risque de ne pas le faire, car la taxation prévue par le gouvernement considérera son geste comme spéculatif, et il verra une bonne partie de sa plus-value partir dans les caisses de l'Etat.

Bref, vous l'avez compris, cette mesure suscite énormément d'interrogations, surtout auprès de la classe moyenne. Car de vous à moi, les mesures prises soi-disant pour taxer les très grosses fortunes - je pense à la taxe Caïman ou à la taxe sur les plus-values de plus de 10 millions d'euros -, toutes ces mesures n'auront que peu d'effets, voire pas du tout, car elles sont déjà déjouées dans les faits par des mécanismes mis en place par les conseillers de ces personnes fortunées. Donc, comme souvent, c'est sur la classe moyenne que se fera une nouvelle fois l'ajustement fiscal.

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