DSK condamne la Grèce à la déflation

15/04/10 à 11:23 - Mise à jour à 11:23

Source: Trends-Tendances

La déflation, c'est la baisse durable des prix, celle qu'il faut absolument éviter. Pourtant, Dominique Strauss Kahn a affirmé lundi que les Grecs n'avaient d'autre choix pour augmenter leur compétitivité . Explications.

DSK condamne la Grèce à la déflation

© Epa

La déflation, c'est la baisse durable des prix, celle qu'il faut absolument éviter. Pourtant, Dominique Strauss Kahn a affirmé lundi que les Grecs n'avaient d'autre choix pour augmenter leur compétitivité . Explications.

"La seule solution efficace qui reste à la Grèce est la déflation". C'est Dominique Strauss Kahn, directeur général du FMI qui l'a dit lundi dans un entretien accordé à l'hebdomadaire autrichien Profil. Quelques jours avant lui, le président de la BCE Jean-Claude Tricher avait lui aussi osé affirmer qu'une "inflation négative" serait nécessaire pour certains pays européens, dans une interview au journal économique italien Il Sole 24 ore. La déflation, c'est la baisse généralisée, et durable, des prix. Jusqu'à présent, elle nous était présentée comme une menace à éviter à tout prix. Il y a à peine deux mois, Olivier Blanchard, l'économiste en chef du FMI, avait même évoqué la possibilité pour les banques centrales de viser une inflation plus élevée en temps normal, éventuellement 4% au lieu de 2%, pour se donner plus d'armes contre le risque de déflation en cas de crise.

Pourquoi prôner la déflation?

Pour renouer avec la croissance. "Les Grecs n'ont d'autre choix que d'augmenter leur compétitivité", affirme ainsi DSK. Or, étant "coincée" dans la zone euro, la Grèce ne peut recourir à la dévaluation de sa monnaie. Le seul moyen qui lui reste est donc la déflation, notamment salariale, l'objectif étant de réduire le coût unitaire du travail. "Après avoir eu une croissance supérieure à la moyenne de la zone euro et après avoir accumulé une inflation nationale élevée, il est normal que certaines régions passent par une phase de correction, c'est à dire d'inflation négative", justifie Jean-Claude Trichet.

Dans son blog, Paul Krugman rappelle que de 2000 à 2009, les prix ont augmenté de 35% en Espagne, de 30% en Grèce, de 25% au Portugal et en Italie, contre seulement 10% en Allemagne. "Afin de rendre ces pays compétitifs avec l'Allemagne, il faut donc que l'inflation y soit plus faible", explique l'économiste Gilles Raveaud, dans un article d'Alternatives Economiques.

Dans les faits, les pays les plus faibles de la zone euro ont déjà entamé ce réajustement. Face à la chute de la demande et à l'accroissement de la concurrence, les prix à la consommation ont baissé en 2009 aussi bien en Irlande, qu'en Espagne et au Portugal. Quant aux salaires, ils ont baissé au Royaume-Uni, ainsi qu'en Estonie et en Lituanie, pays candidats à l'euro, rappelle Gilles Raveaud.

N'est-ce pas dangereux ?

"Ce sera douloureux, reconnaît Dominique Strauss-Kahn. Cela impliquera une baisse des salaires et des prix". Certes, mais ce qui fait vraiment peur, c'est le risque que cette baisse entraîne une véritable spirale déflationiste, comme celle qui a aspiré le Japon dans les années 90 et dont elle peine encore à sortir: plombés par le chômage et le désendettement, les ménages consomment moins. En réaction, les entreprises cassent leurs prix. Si les ménages estiment que les prix vont continuer de baisser, ils reportent leurs achats à plus tard et consomment encore moins. Le résultat de ce cercle vicieux, c'est c'est la baisse de la croissance, voire la récession.

Des prix en baisse signifient moins de profits donc moins d'investissements pour les entreprises, et moins de recettes fiscales pour l'Etat. Celui-ci a donc encore plus de mal à rembourser sa dette et il ne lui reste plus qu'à réduire ses dépenses et augmenter les impôts, freinant ainsi la relance de l'économie. "La situation deviendrait critique si les agents économiques anticipaient une baisse des prix durable et généralisée, explique Philippe Sabuco, économiste à BNP Paribas. Pour éviter la déflation anticipée, les baisses de prix devront être ciblées et temporaires".

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