Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

23/06/16 à 14:01 - Mise à jour à 16:27

'Comment la presse et Boris Johnson ont forgé une image biaisée de l'UE'

Ce jeudi est un jour historique: nos voisins britanniques votent pour dire s'ils souhaitent rester ou non dans l'Union européenne.

'Comment la presse et Boris Johnson ont forgé une image biaisée de l'UE'

Boris Johnson, ex maire de Londres et défenseur du Brexit © Reuters

Si les votes sont serrés, comme les sondages semblent le montrer, le vote final sera connu au plus tard vendredi vers 08H du matin. L'économiste star de la Société Générale à Londres, Albert Edwards, a même affirmé que le résultat serait si serré qu'au final, ce sera la météo qui fera la différence... La pluie pourrait en effet donner un avantage aux partisans de la sortie de l'UE - forcément, ce sont toujours les plus motivés qui sortent pour voter. Or, mes confrères de l'excellente lettre d'information "humoristique" TTSO ont poussé le devoir jusqu'à regarder la météo pour ce jeudi, et elle n'annonce pas de pluie. C'est donc en principe la fin du suspens.

Plus sérieusement, personne ne sait ce qui va se passer, sauf les Bourses qui sont au vert depuis quelques jours, car elles ont décidé que le camp du maintien en Europe allait gagner ! En revanche, ceux qui ont peur se réfugient dans l'achat d'or. Or justement, Simone Wapler de la chronique Agora nous indique que "le Royal Mint, c'est en fait le nom pour désigner l'Hôtel de la Monnaie Britannique - et non pas un thé royal à la menthe comme son nom le suggère -, selon cet organisme, les Britanniques ont acheté 32% d'or en plus qu'avant le vote sur le Brexit !". C'est en soi un signe d'extrême nervosité.

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Au lieu de raconter ce qui se passait réellement au sein de la Commission européenne, Boris Johnson a décidé de dénigrer et de biaiser systématiquement ses reportages

Quant aux Américains, ils sont perplexes. Le New York Times, le meilleur journal au monde, pense carrément que si l'Europe a si mauvaise presse en Grande-Bretagne, c'est à cause justement des médias. Le correspondant du New York Times s'est souvenu qu'il a connu l'ancien maire de Londres, Boris Johnson, lorsque ce dernier était correspondant à Bruxelles. Johnson venait d'être viré d'un autre journal pour avoir inventé de toute pièce une citation. Mais qu'à cela ne tienne, il a rebondi chez un autre journal conservateur. Et au lieu de raconter ce qui se passait réellement au sein de la Commission européenne, il a décidé de dénigrer et de biaiser systématiquement ses reportages. Il parlait de l'Europe qui voulait imposer la forme précise des concombres britanniques ou interdire la consommation des pommes de terre anglaise ou encore que l'Europe voulait standardiser la taille des préservatifs, etc. Ses reportages colorés et plutôt imaginatifs avaient tellement de succès que les autres journaux britanniques ont embrayé sur le filon et ont demandé à leurs correspondants de ne plus raconter la réalité de la vie à Bruxelles, mais d'inventer des histoires qui vont dans le sens du poil nationaliste des Britanniques.

Voilà comment en dix ou quinze ans, la presse britannique a fini par donner artificiellement une image extrêmement négative du continent, un continent forcément bureaucratique et qui va laisser les Turcs envahir l'île de Sa Gracieuse Majesté !

Ce soir, au bout de la nuit, ou demain matin au plus tard, on saura si la presse a gardé son pouvoir d'influence ou si les sujets de Sa Majesté auront séparé la légende de la réalité. Allez, plus qu'une fois dormir !

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