Geert Noels
Geert Noels
Retrouvez chaque semaine l'opinion de Geert Noels, chief economist du gestionnaire de fortune Econowealth.
Opinion

01/12/10 à 16:03 - Mise à jour à 16:03

Les investisseurs rêvent encore mais TINA n'a plus 20 ans

Tout le monde financier s'adressait en choeur aux investisseurs en chantant une seule chanson, celle de TINA. Il ne s'agissait pas de la séduisante diva du disco mais de l'abréviation de "There Is No Alternative !" 14 ans plus tard, on continue à nous seriner la même rengaine.

Les investisseurs rêvent encore mais TINA n'a plus 20 ans

Ah, les Eighties ! Quand ils entendent ce mot, mes enfants savent quelle heure il est. C'est le moment où je règle l'iPod pour débarquer au beau milieu de U2, Dire Straits, Human League, Supertramp ou Tears For Fears. Je prends alors plaisir à leur expliquer que Michael Stipe, du groupe REM, avait à l'époque une chevelure luxuriante et qu'il y avait aussi la pulpeuse Tina Turner ; oui, oui, la bobonne qui se trémousse encore aujourd'hui en ondulant des hanches.

Les années 1980, c'était les années de crise de l'économie belge. Nos parents pliaient l'échine sous le poids des pouvoirs spéciaux et des lois budgétaires mais la Bourse belge grimpait imperturbablement. On a attribué (et on attribue encore toujours) cette hausse à la loi Cooreman-De Clerck alors qu'on peut constater aujourd'hui que dans tous les pays du monde, les Bourses ont progressé environ autant, voire davantage, au cours de la même période, sans le pouvoir magique de versions locales de MM. Cooreman et De Clerck. Il y avait par contre un effet de levier qui faisait grimper le cours de toutes les actions : le taux d'intérêt. Les taux baissaient dans le monde entier, et ils ont continué à le faire sans arrêt jusqu'à ce jour. La plus grande contribution au marché haussier a ainsi été fournie par la baisse des taux, la baisse de l'inflation après les chocs des prix des années 1970.

TINA ? There Is No Alternative !

La réalité est que, depuis 1996, les actions n'ont pas mieux presté que les obligations. Depuis 14 ans déjà, l'investisseur est mieux rémunéré par une simple obligation d'Etat sans risque que par un panier d'actions. Tout au long de cette période, on nous a pourtant fait croire que les taux d'intérêt étaient bas. Si affreusement bas que les obligations n'avaient pas de sens. Tout le monde financier s'adressait en choeur aux investisseurs en chantant une seule chanson, celle de TINA. Il ne s'agissait pas de la séduisante diva du disco mais de l'abréviation de "There Is No Alternative !"

Nous voici 14 ans plus tard et on continue à nous seriner la même rengaine. Mais ce qui avait une allure jeune, fraîche et authentique au début des années 1980, sonne faux et périmé aujourd'hui. A ceux qui en doutent, nous suggérons de vérifier de visu ci-contre.

La vache devra continuer à donner du lait

Sur les 15 dernières années, la prestation des indices boursiers a été plus mauvaise que celle des obligations. Toutefois, si on y ajoute le dividende, les obligations sont battues de justesse. L'importance des dividendes pour les investisseurs en actions fait encore toujours l'objet d'une sous-estimation chronique. Il est incompréhensible que les investisseurs en produits dits à capital garanti soient même disposés à vouloir renoncer au meilleur morceau de la Bourse, à savoir les dividendes.

Dans les 10 prochaines années, les rendements boursiers seront sans doute déterminés pour moitié - voire davantage - par les dividendes. Car la vache ne peut plus être engraissée par la baisse des taux d'intérêt mais elle devra continuer à donner du lait. Notons immédiatement que ce rendement total sera très pâlot au regard de celui des glorieuses années 1980 et 1990. Mais tout n'est-il pas devenu un peu "moins" depuis les années 1980 ? Chez Tina, il y avait quelque chose à voir mais que voyez-vous, bon sang, chez Lady Gaga ? Ou tout de même, en y regardant de plus près, on discerne Love All Dividend Yield...

Réactions : trends@econopolis.be

Nos partenaires