Geert Noels
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Retrouvez chaque semaine l'opinion de Geert Noels, chief economist du gestionnaire de fortune Econowealth.
Opinion

19/05/10 à 13:17 - Mise à jour à 13:17

L'économie ponzienne

Celui qui a entièrement façonné l'économie mondiale d'aujourd'hui n'est pas un économiste mais bien un simple immigrant italien aux Etats-Unis du nom de Charles Ponzi.

L'économie ponzienne

L'économiste le plus important de ces 100 dernières années n'est pas Schumpeter, Keynes ou Friedman. En fait, celui qui a entièrement façonné l'économie mondiale d'aujourd'hui n'est même pas un économiste mais bien un simple immigrant italien aux Etats-Unis du nom de Charles Ponzi. L'ensemble de l'économie mondiale est devenu un grand jeu pyramidal de sorte qu'on peut franchement parler de l'économie ponzienne...

Charles Ponzi est sans nul doute devenu le penseur le plus influent de notre économie mondiale. Cet immigrant et petit malfrat italien a accédé à la célébrité grâce à son activité d'escroc professionnel. Il était spécialisé dans des jeux de pyramide, également appelés aujourd'hui schémas ou chaînes de Ponzi. Ceux-ci partent du principe qu'il faut trouver un input de plus en plus important pour garantir un output élevé. Les schémas de Ponzi grandissent ainsi de façon exponentielle jusqu'à ce qu'ils s'effondrent complètement. Ils présentent une particularité unique : vous pouvez parfaitement démontrer au moyen de formules mathématiques qu'une pyramide de Ponzi va s'effondrer mais personne ne vous croit jusqu'au jour où elle s'écroule.

Il est étonnant que la théorie de Charles Ponzi ne figure pas au programme de l'enseignement moyen. Ses principes devraient en effet être enseignés à tous les élèves du secondaire. D'autant qu'on dispose aujourd'hui de matériel didactique en grande abondance pour les illustrer.

Charles Ponzi est partout

Notre approvisionnement en énergie en est un premier bel exemple : nous devons découvrir des gisements de carburants fossiles de plus en plus importants pour compenser la baisse de production des champs pétrolifères actuels et pour répondre à la croissance de la demande mondiale. Notre écosystème en est un autre exemple : la terre doit digérer des émissions de gaz de plus en plus élevées qui dépassent la capacité d'absorption de notre atmosphère. Que penser de notre alimentation : nous consommons une quantité de calories qui augmente de façon exponentielle alors que la production alimentaire stagne. Et le meilleur exemple est naturellement le système financier : il engloutit des quantités de plus en plus grandes de nouveaux crédits pour maintenir à flot une croissance économique de plus en plus petite.

Oui, Charles Ponzi est réellement partout. Il est aujourd'hui de loin le penseur économique le plus copié du monde. S'il était encore en vie, il serait un orateur adulé à Davos ou un directeur de la Banque centrale américaine mais peu à peu, il a aussi ses chances dans l'UE.

L'opération de sauvetage de la Grèce, disons plutôt par souci d'honnêteté, le grand sauvetage des banques européennes, a été un authentique tribut à Charles Ponzi. En quelques semaines, le montant est passé de 10, 30, 110, 400 à 750 milliards d'euros, très vraisemblablement à 750+110 milliards d'euros... nous perdons parfois le fil des comptes. Après des banques et des pays souverains, ce sont à présent des institutions supranationales qui doivent solliciter leur ultime capacité de prêt pour maintenir en fonctionnement le plus grand schéma de Ponzi de l'histoire.

Mais il y a une très bonne nouvelle : le grand scientifique britannique Stephen Hawking a annoncé la semaine passée qu'il était convaincu de l'existence d'une vie extraterrestre. Et cette nouvelle ouvre des perspectives. Il suffit d'embarquer une équipe de Goldman Sachs à bord d'une navette spatiale avec pour mission de rechercher ces nouveaux "clients". Les Goldman Sachs boys sont particulièrement doués pour convaincre tout être vivant de souscrire en masse à un mix de subprime américain, de dette publique Club Med et d'une bonne dose d'emprunts hypothécaires britanniques. Nous pourrons ainsi refiler à ces extraterrestres tout le fourbi de dettes terrestres et reprendre ensuite un nouveau départ.

Réactions : trends@econopolis.be

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