Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

22/04/14 à 10:41 - Mise à jour à 10:41

L'Algérie minée par le cadeau empoisonné de la rente gazière

Comme vous le savez, des élections viennent d'être organisées en Algérie. Elles ont permis au président malade sortant d'être réélu avec un chiffre digne des anciennes dictatures communistes. Si j'en parle aujourd'hui, c'est parce que l'Algérie devrait être un pays très riche grâce à son pétrole et son gaz, mais elle ne l'est hélas pas.

La raison : une maladie que les économistes appellent la "maladie hollandaise". Pourquoi hollandaise ? Parce que durant les années 1960, les revenus commerciaux des Pays-Bas ont fortement augmenté suite à la découverte de grands gisements de gaz dans la province de Groningue, puis dans le reste du pays et même en mer du Nord. Mais et c'est là que tout dérape, la découverte de ce gaz qui devait être une bénédiction, a fait prendre de la valeur à la devise du pays. Cette dernière, en grimpant sans cesse a rendu non compétitifs tous les autres produits fabriqués par les Pays-Bas. Autrement dit, le gaz hollandais a détruit indirectement une partie de l'économie du pays, la rente gazière devenant une sorte de malédiction ou de maladie.

Donc, à chaque fois qu'un pays dépend trop de son gaz et de son pétrole, les économistes parlent de "maladie hollandaise". Cette maladie frappe aussi bien aujourd'hui la Russie que l'Algérie. Bien entendu, grâce à son gaz et à son pétrole, le gouvernement algérien a pu acheter la paix sociale et éviter que le pays ne retombe dans la guerre civile. Le carburant utilisé par les algériens est ainsi subventionné à hauteur de 22 milliards de dollars, mais c'est aussi le cas du pain, du lait, du sucre, de l'huile qui sont vendus à des prix inférieurs au coût de production, ce qui, par ailleurs, décourage le développement de toute industrie agroalimentaire nationale.

A cause de cette rente gazière et pétrolière, le pays ne s'est jamais vraiment modernisé. C'est simple, l'Algérie ne produit rien ou presque rien hormis du gaz et du pétrole, tout le reste doit être importé, ce qui est choquant quand on sait qu'il fut une époque où l'agriculture algérienne était citée en exemple en Méditerranée. Au contraire, la rente pétrolière et gazière a permis à la corruption et au gaspillage des deniers publics de se développer. Je ne vous citerai qu'un seul exemple : l'autoroute du littoral algérien est une fierté locale, sauf que les 1200 kilomètres de cette route ont, selon la presse, coûté deux fois plus cher que prévu, ce qui fait que cette autoroute du littoral revient à 15.000 euros le mètre. Ces élections algériennes démontrent que, hélas, rien ne va changer et que ce pays qui devrait être très riche, va rester miné par le cadeau empoisonné de la rente gazière.

Nos partenaires