Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

24/03/15 à 15:04 - Mise à jour à 15:04

Comment Facebook, Google et Apple nous ramènent des siècles en arrière

Notre vie privée appartient désormais au passé. Au fond, sans le savoir, nous avons vécu une période courte et bénie de l'histoire, celle où, plongés dans la vie trépidante des grandes villes, nous avons pu enfin aspirer à un anonymat.

Comment Facebook, Google et Apple nous ramènent des siècles en arrière

/ © istock

Souvenez-vous, pendant des siècles nous avons vécu dans des villages ou des petites bourgades où chacun savait ce que l'autre faisait. La vie privée relevait d'une chimère totale ! Et bien, grâce à Google, Facebook, Amazon ou Apple, notre vie privée est à nouveau totalement transparente. Bref, nous revenons des centaines d'années en arrière.

Partager

Comment Facebook, Google et Apple nous ramènent des siècles en arrière

Et pour cause: le smartphone que nous trimbalons avec nous partout est devenu un véritable mouchard. Il enregistre tous nos déplacements, nos activités sur le web, nos interactions avec nos contacts, etc. Et avec les données numériques que nous laissons traîner sur la toile, il est aussi possible de reconstituer nos habitudes et notre emploi du temps.

Les plus férus de technologie diront qu'il y a moyen de régler simplement ce problème: il suffit de refuser que Facebook, par exemple, récolte des données sur nous via la géolocalisation. C'est vrai que c'est techniquement possible, mais un rapport publié par la KUL a démontré que Facebook peut malgré tout collecter des données de localisation par d'autres moyens détournés.

D'autres se diront que c'est le prix à payer pour bénéficier d'applications très utiles et gratuites. En clair, ces personnes pensent que donner ses données, y compris les plus privées, est le prix à payer pour la gratuité. En effet, des géants du Net comme Google, Facebook, Apple ou Amazon peuvent aujourd'hui connaître nos centres d'intérêt, nos recherches sur le Net nos achats en ligne, nos fréquentations, nos déplacements, nos goûts musicaux. Puis, ils croisent toutes ces données pour nous profiler et nous vendre ensuite de la publicité très ciblée. Encore une fois, c'est gênant, mais certains sont prêts à payer ce prix via la perte de leur anonymat. Soit !

Mais savent-ils que ces géants du net, et ils ne sont pas les seuls, ne comptent pas s'arrêter là ? Demain, nous pourrons être reconnus en rue via des applications de reconnaissance faciale comme DeepFace. Demain, on saura facilement si vous êtes un bon ou un mauvais conducteur, et ces données pourront être envoyées à votre assureur qui pourra dès lors vous éjecter ou demander une prime démentielle. Demain, on connaîtra l'état de notre santé grâce aux capteurs intégrés à notre montre connectée qui mesurera notre rythme cardiaque ou notre taux de glycémie. Là encore, cela peut intéresser notre assureur, notre banquier ou notre futur employeur.

Quant à notre vie privée et amoureuse, elle risque d'être chamboulée avec des applications reliées à notre smartphone et qui pourront interpréter nos émotions en analysant, par exemple, le timbre de notre voix. Même nos pensées les plus profondes n'auront plus de secrets pour notre conjoint ou notre employeur. Ce n'est pas nécessairement un progrès, car la vie en couple ou en société ne résistera pas à une transparence totale. Je vous donne un seul exemple: si demain, nous avions le don de lire dans les pensées des autres, il est probable que ce don se révélerait être un malheur et aboutirait au suicide de la personne qui en aurait hérité.

En conclusion: le smartphone est devenu la télécommande de notre vie. Et cette télécommande est comme la langue d'Esope - la pire et la meilleure des choses.

Nos partenaires