14/04/17 à 12:50 - Mise à jour à 12:50

"Les 'faits alternatifs' risquent d'envahir les espaces laissés par les statistiques officielles'

De nos jours, malgré l'abondance d'informations qui nous entoure, il reste toujours difficile d'obtenir l'information dont on a réellement besoin. Par exemple pourquoi parle-t-on autant des États-Unis? Le pays n'est pas toujours le plus intéressant, mais c'est le pays qui a toujours les meilleures données statistiques.

"Les 'faits alternatifs' risquent d'envahir les espaces laissés par les statistiques officielles'

© Reuters

Pas de données, pas d'analyses, c'est une réalité incontournable. Il faut absolument être reconnaissant au secteur privé qui réalise un excellent travail en comblant le manque de données économiques et statistiques diverses.

Pensons par exemple aux PMIs, les indices de sentiment des directeurs d'achats des entreprises. Parmi plusieurs sources, les PMIs réalisés par Markit en Angleterre sont devenus incontournables sur les marchés financiers et chaque publication mensuelle peut potentiellement faire fluctuer les prix des véhicules d'investissement.

La popularité de ce type d'indicateurs montre bien le vide que les instituts de statistiques nationaux n'arrivaient pas à combler, ou n'avaient pas pour mission de remplir. Tout cela est très bien et les instituts statistiques nationaux sont déjà débordés avec la lourde tâche de mettre à jour et apporter des améliorations aux séries existantes sans parler du développement de nouveaux indicateurs.

Ils ont des efforts plutôt monumentaux à fournir ne serait-ce que concernant le Produit Intérieur Brut (PIB), un indicateur qui sous-estime en toute probabilité la croissance, les anciennes normes ne captant pas les spécificités de l'économie des services.

En outre, on peut s'étonner du fait que les pays n'ont pas de bilan, le PIB n'étant que le compte de pertes et profits d'un pays. Ces chantiers avancent à pas d'escargot, en tout cas depuis 50 ans. Heureusement que le secteur privé est là pour nous éclairer là où le secteur public nous laisse dans le noir, et ce, en fait, depuis la fin des années 1800, comblant déjà des domaines délaissés par le premier institut de statistique officiel du monde établi à Paris en 1800.

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Dans le contexte du populisme croissant, il devient urgent d'élaborer d'avantages d'indicateurs, macro et micro, qui captent mieux l'économie sous toutes ses facettes

Tout cela prend néanmoins une autre tournure lorsque l'on considère la publication d'un sondage (Marketplace-Edison Research Poll, Novembre 2016) qui mesurait la méfiance des Américains par rapport aux données économiques du gouvernement: 40% des Américains n'ont pas confiance dans ces données, et presque 70% de ceux qui ont voté pour le Président Trump sont également sceptiques.

Actuellement, l'aliénation que ressentent d'importantes parties de la population dans plusieurs pays par rapport aux statistiques et expertises est probablement liée à la difficulté d'associer une évolution macro avec le vécu d'un secteur ou individu particulier.

Il est évident que quand les statistiques couvrent 350 millions d'Américains, ou plus de 500 millions d'Européens, de nombreuses personnes ne vont pas se sentir bien représentées dans les chiffres, sans parler des pays comme l'Inde ou la Chine. Dans le contexte du populisme croissant, il devient urgent de prendre cette aliénation très au sérieux et d'élaborer d'avantages d'indicateurs, macro et micro, qui captent mieux l'économie d'aujourd'hui sous toutes ces facettes, avec des catégories et classements modernisés et qui profitent des nouvelles technologies pour collecter et traiter des données.

Toutefois, on peut craindre que les "faits alternatifs" vont plus facilement gagner du terrain si les statistiques officielles occupent une place décroissante dans le total. Cela plaide pour embaucher davantage de statisticiens en général, et plus encore dans le secteur public - un sujet micro fortement ressenti au niveau macro.

Marie Owens Thomsen, Global Head of Economic Research Indosuez Wealth Management

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