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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

24/12/16 à 11:05 - Mise à jour à 04/01/17 à 10:50

Le paradis du consommateur est devenu l'enfer du salarié

Sans le savoir, nous sommes en train de quitter une économie de l'offre pour entrer dans une économie de la demande. En effet, quand on commande un produit le moins cher possible, livré le jour même, nous ne nous rendons pas compte que nous détruisons indirectement notre propre fiche de paie.

Le paradis du consommateur est devenu l'enfer du salarié

© DR

La fin de l'année est toujours une bonne occasion pour prendre du recul sur soi et le monde qui nous entoure. Qu'avons-nous appris en 2016 que nous ne savions pas, par exemple, un an auparavant?

C'est que, comme l'indique Denis Pennel, directeur général de la World Employment aux Echos, plus que jamais nous sommes entrés dans une période où les consommateurs dictent leurs désirs aux entreprises.

Ils veulent leurs produits ou services de manière immédiate, et si possible, personnalisés et , évidement, au prix le plus bas possible. Les exemples de cette économie de la demande ne manquent pas et l'arrivée du numérique facilite évidemment cette évolution.

C'est le cas lorsqu'on contacte un taxi Uber en moins de 5 minutes, c'est le cas aussi lorsqu'on commande un diner livré à la dernière minute par Deliveroo ou lorsqu'on achète un livre sur Amazon pour livraison dans l'heure ou presque.

Demain, avec l'arrivée des imprimantes en 3D, le phénomène va encore plus s'accélérer. Demain, rappelle Denis Pennel, les librairies seront sans doute remplacées par des cafés équipés d'imprimantes qui éditeront à la demande le livre que nous recherchons, avec même la possibilité de personnaliser la couverture ou d'y ajouter une dédicace. Pour le futur libraire, cela signifiera aussi disparition des stocks à gérer et plus de retour des invendus !

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"Le paradis des consommateurs est devenu l'enfer des travailleurs"

Donc, cette nouvelle économie de la demande signifie aussi la fin de la production de masse. Vous savez, cette époque où l'offre dominait. Aujourd'hui, c'est exactement le contraire, c'est la demande qui domine, qui impose ses choix aux producteurs. En clair, c'est la demande qui dicte l'offre. Mais qu'est-ce que cela signifie tout cela? C'est simple, ce changement va bouleverser notre modèle social. En effet, avant, quand c'était l'offre qui guidait notre modèle économique, les patrons avaient intérêt à ce que les ouvriers et les employés soient correctement payés car ils pouvaient ainsi se payer les produits fabriqués.

Aujourd'hui, le message des consommateurs, c'est "débrouillez pour sous-traiter ou confier vos tâches à des robots ou des indépendants, mais je veux un produit personnalisé et le moins cher possible". Cela veut dire que le consommateur roi est devenu sans le savoir l'ennemi du salarié !

Pour reprendre la jolie expression de Denis Pennel, "le paradis des consommateurs est en effet devenu l'enfer des travailleurs". C'est normal car pour produire plus vite et au juste prix, les entreprises coupent dans les effectifs. Donc, le même individu qui réclame à cor et à cri le meilleur produit au moindre prix ne se rend pas compte qu'il est devenu schizophrène. Sa volonté de vouloir consommer toujours plus et moins cher provoque indirectement la perte de son emploi. En cette période de fêtes et donc d'achats schizophréniques, cela méritait d'être rappelé, par pour nous culpabiliser, mais être simplement conscient de ce que l'on fait parfois à l'insu de son plein gré.

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