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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

04/03/15 à 12:15 - Mise à jour à 12:15

La révolution numérique, c'est surtout une révolution sociale

Les taxis bruxellois ont bloqué les routes de la capitale hier. Tout cela à cause d'un nouvel acteur de la révolution numérique, la société de taxis Uber. Explications.

La révolution numérique, c'est surtout une révolution sociale

Manifestation anti-Uber des chauffeurs de taxis à Bruxelles ce 3 mars. © BELGA/Dirk Waem

Les patrons de sociétés de taxis classiques et les employés qui travaillent pour eux craignent pour leur emploi et affirment que Uber pratique une concurrence déloyale, car ses taxis ne sont pas soumis à la même règlementation, ni aux mêmes taxes ou cotisations sociales. Si Uber peut proposer des prix aussi faibles, c'est parce qu'il y a une concurrence déloyale. A tort ou à raison, ce discours ne passe pas auprès de la population, la plupart de ceux qui ont déjà utilisé un taxi Uber ne veulent plus prendre un taxi classique. Pourquoi ? Parce qu'ils se sont habitués à un vrai service, parce qu'avec Uber, il suffit de commander un taxi par smartphone, d'entrer en contact avec un chauffeur extrêmement poli qui vous demande si le son de la radio n'est pas trop élevé, si la température de l'habitacle est bon. Ces mêmes chauffeurs vous offrent même parfois un rafraichissement, utilisent leur GPS ce qui évite souvent des détours. Cerise sur le gâteau, le paiement se fait après coup.

Et si les chauffeurs d'Uber sont aussi polis, c'est parce qu'ils sont évalués par leurs clients et qu'ils savent qu'une série de mauvaises notes les élimineront de ce service, et donc, ils se plient en quatre pour leurs clients afin de garder ce gagne-pain lucratif ! Dernier point : prendre Uber coûte nettement moins cher que de prendre un taxi classique.

Evidemment, les chauffeurs de taxi qui m'écoutent en ce moment diront que ce n'est pas difficile de pratiquer des prix plus faibles dès lors qu'il y a concurrence déloyale. Ils ont raison, mais en partie seulement. Ce que démontre Uber pour le transport, mais ce que démontre aussi Booking.com pour l'hôtellerie ou Netflix pour la vidéo en demande, c'est qu'aujourd'hui, la crise aidant, les citoyens ne veulent plus payer pour des services inexistants. Si vous voulez pratiquer des prix élevés, il faut pouvoir les justifier par un service ou un plus quelconque et pas seulement parce que vous êtes assis depuis des années sur une rente de situation.

Aujourd'hui, tous les secteurs risquent de se faire "Uberiser". C'est déjà le cas de la presse avec Google, de la musique et du cinéma avec le streaming légal du type Netflix ou illégal du type Popcorn. C'est le cas de la distribution avec Amazon, c'est le cas des transports de ville en ville ou de pays à pays avec l'application Blablacar qui concurrence la SNCB et la SNCF, et je pourrais citer des tas d'autres secteurs qui risquent de se faire balayer par ces nouveaux acteurs de la révolution numérique. Même les assureurs et les banquiers qui croient être protégés par des barrières règlementaires risquent d'être balayés un de ces jours.

Tout comme Kodak qui employait 145.000 personnes de par le monde a été balayé de la carte, car ses dirigeants avaient raté le virage du numérique. Aujourd'hui Kodak est remplacé par l'application Instagram qui lorsqu'elle avait été rachetée pour un milliard de dollars par Facebook n'employait pas 145.000 personnes comme Kodak mais seulement 14 personnes. Les chauffeurs de taxi et bien d'autres métiers doivent méditer là-dessus, y compris les chauffeurs actuels de Uber. Car le patron de Uber ne s'en est pas caché. A terme, lorsque les voitures sans chauffeurs seront disponibles, il n'aura plus besoin d'eux et il pourra encore baisser le tarif de ses courses ! La révolution numérique, c'est surtout une révolution sociale.

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