Incompétence ou imprévus, quand le crowdfunding tourne mal

06/05/15 à 12:33 - Mise à jour à 12:35

Si vous adorez investir dans des objets farfelus sur les plates-formes de crowdfunding, méfiez-vous. L'expérience pourrait bien se solder par un cuisant échec. Et vous ne pourrez rien y faire.

Incompétence ou imprévus, quand le crowdfunding tourne mal

© iStock

Des projets de crowdfunding qui s'éternisent ou pire, n'aboutissent jamais, certains en ont fait les frais. L'un des exemples les plus connus est celui de la "Bonaverde Roas-Grind-Brew Coffee Maker". Comprenez, une machine censée vous offrir ni plus ni moins que "le meilleur du café", en transformant elle-même des grains frais. Les amateurs de torréfaction se sont bousculés pour financer le projet. Seulement voilà, trois campagnes de levées de fonds plus tard, les premiers donateurs ont commencé à s'impatienter.

C'est en décembre 2013 que le premier round a été clôturé sur Kickstarter, avec le joli pactole de 681 000 dollars, soit de quoi, en théorie, lancer le produit dans le mois.

Mais surprise, une seconde campagne a alors été lancée par l'entreprise sur Indiegogo. Achevée en février avec 124 000 dollars, elle ne suffisait apparemment pas non plus.

C'est alors vers la plate-forme européenne Seedmatch que les gérants de Bonaverde se sont tournés. Là, ils ont amassé la coquette somme de plus de 1 300 000 dollars.

L'explication de tout ce micmac est simple. La firme a rencontré de nombreuses difficultés dans son processus de production. Plutôt que de penser alors à rembourser ses investisseurs, elle aurait préféré renflouer les fonds... grâce à de nouveaux investisseurs. A ces derniers, qui n'ont rien touché si ce n'est parfois des sommes dérisoires, pendant des mois, Bonaverde a expliqué qu'elle ne rendrait pas l'argent tant que son business ne serait pas rentable.

Sur Kickstarter, les investisseurs mécontents ne croient plus aux promesses de "Conaverde" (srunom issu de l'anglais 'to con', qui signifie escroquer).

Sur Kickstarter, les investisseurs mécontents ne croient plus aux promesses de "Conaverde" (srunom issu de l'anglais 'to con', qui signifie escroquer). © Capture d'écran Kickstarter

Des dénouements plus ou moins heureux

Fort heureusement, l'aventure s'est bien terminée. "Honnêtement, comme pour tout projet, nous avons fait des erreurs, des petites ou des grosses", a déclaré la firme en guise d'excuses sur Kickstarter. "Nous avons été submergés par la taille considérable du projet auquel nous avons pris part et nos communications en ont souffert". C'était le mois dernier et le fondateur annonçait avec une fierté non dissimulée le lancement de la fameuse machine à café. Celle-ci est disponible en "pré-commande".

Malédiction ou non, une autre machine de ce type a été victime d'un cuisant échec sur Kickstarter. En décembre 2011, son créateur, du nom de ZPM Espresso, a levé 370 000$ en l'espace de quelques jours. Plus de trois ans après, toujours rien pour les investisseurs. Ni café, ni remboursement. L'entreprise ne s'est pas arrêtée là et est partie quémander des financements auprès d'investisseurs privés, avant de prendre les premières commandes... pour un appareil qui n'existait pas. Ce n'est qu'en janvier 2015 que ZPM annonce dans un e-mail adressé à ses généreux donateurs qu'en l'état actuel des choses, "offrir des remboursements" serait "peu plausible". Révélé par Quartz, cet aveu explique que l'équipe s'est tout bonnement disloquée et que la machine à café ne verrait jamais le jour. L'argent, lui, se serait envolé dans les investissements et la recherche.

Les plates-formes, responsables ?

Machines à espresso, montres ultra-fines ou encore paires de lunettes caméras, les exemples de projets retardés ou abandonnés ne manquent pas. Une étude réalisée par Ethan R.Mollick, professeur à l'Université de Pennsylvanie, montrait en 2013 que 75% des campagnes rencontraient de telles difficultés.

Les plates-formes de crowdfunding se disent incapables d'enrayer ce phénomène. Une fois que la totalité de la somme espérée est recueillie (voire avant pour certains comme Indiegogo), l'entrepreneur peut en bénéficier à sa guise. En d'autres termes, la plate-forme n'est là que pour évincer en première instance les projets suspicieux, puis aider les autres à lever de l'argent. Ce qui se passe ensuite, ce n'est plus vraiment son problème.

Kickstarter le précise d'ailleurs bien sur son site : en cas d'échec, vous ne pouvez compter que sur vous-même.

Sur Gizmodo, un article explique cette absence de réaction par la nature même de ces sites : "Kickstarter n'est pas un endroit où acheter des choses. Ce n'est pas une opportunité d'investissement. C'est un endroit pour parier en aidant des créateurs à faire de leurs visions de projets futurs une réalité, et parfois ces visions peuvent se transformer de manière dramatique". "C'est quelque chose que tout le monde devrait savoir en s'engageant dans le crowdfunding", ajoute le magazine.

Cela n'arrête pourtant pas la folle croissance du crowdfunding. D'après l'entreprise spécialisée en conseils dans le crowdsourcing Massolution, le phénomène aurait généré, en 2013, 6,1 milliards de dollars dans le monde, contre 16,2 milliards en 2014. Pour cette année, les estimations seraient de 34,4 milliards de dollars.

Perrine Signoret

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