Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

21/08/14 à 10:55 - Mise à jour à 10:55

C'est la période des OVNIS économiques!

L'été on voit parfois de drôles de choses, des sortes d'OVNIS économiques. C'est le cas de la dernière analyse économique de l'agence de notation Standard & Poor's sur l'économie américaine. En-dehors des considérations classiques sur le PIB, le taux de chômage, l'activité dans tel ou tel secteur, il y a également une remarque importante sur le fait que l'inégalité croissante aux Etats-Unis est un facteur de risque pour l'avenir de la croissance des Etats-Unis !

Standard & Poor's s'inquiète donc des inégalités croissantes aux USA ; pour certains, c'est un peu comme si le Pape s'inquiétait de la fermeture de boîtes de nuit ! Pourtant, les économistes de Standard & Poor's ont raison : si on veut que la première économie du monde redémarre durablement et qu'on puisse, en Europe, profiter de sa croissance, il faut que ce pays redevienne le pays du rêve américain.

Or, toutes les statistiques récentes le démontrent : le plus grand obstacle à une reprise durable de l'économie américaine, c'est l'inégalité dans la distribution des revenus. Durant près de 35 ans, les revenus de 90% des Américains ont stagné et si la consommation a malgré tout continué son petit bonhomme de chemin, c'est uniquement grâce à l'endettement excessif de ces mêmes Américains. Bref, Standard & Poor's ne fait que redire ce qui a déjà été dit et écrit ailleurs : si on ne fait rien pour remédier à cela, si on laisse cette inégalité se poursuivre, elle conduira à une période de croissance faible et à un taux de chômage élevé !

Les dirigeants américains le savent mais ils ont cru pendant longtemps qu'en baissant les taux d'intérêt, qu'en laissant les Bourses grimper à des sommets, les riches seront encore plus riches, et que cet effet richesse percolera vers le bas. Autrement dit, que la richesse passera de Wall Street à Main Street, donc vers Monsieur tout le monde.

Aujourd'hui, le constat est simple : la politique monétaire suivie par la banque centrale américaine a rendu encore plus riches les plus riches, quant aux autres, ils paient 8 dollars par mois à la société Netflix pour voir des films de plus de 3 ans d'âge en streaming vidéo... Au fond ce problème d'inégalité croissante explique d'ailleurs le succès de l'économiste français Thomas Piketty aux Etats-Unis, son nouveau livre (1) vient d'être traduit en anglais, et il démontre en plusieurs centaines de pages que, non seulement, la richesse ne ruisselle plus de haut en bas, mais que nos dirigeants sont en train de récréer une société féodale via leur politique budgétaire et monétaire.

(1) Thomas Piketty, le capital au XXI siècle, éditions du Seuil

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