Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

20/03/15 à 14:54 - Mise à jour à 14:54

Comment le mot "patient" a failli faire chuter la Bourse

Le monde de la finance est fou ou au minimum bizarre. Vous ne le saviez sans doute pas, mais depuis plusieurs semaines, les investisseurs en Bourse sont accrochés à un seul mot: "patient".

Comment le mot "patient" a failli faire chuter la Bourse

Image d'illustration. © AFP

C'est complètement fou, mais c'est la vérité, les investisseurs du monde entier attendaient de voir si cette semaine, la présidente de la Banque centrale américaine allait enlever ou pas le mot "patient" de son communiqué de presse ! Quelqu'un qui débarquerait sur notre planète se demanderait si les Terriens ne sont pas devenus fous. Et ceux qui lisent cette chronique peuvent légitimement trouver ridicule, voire risible, que des adultes, des financiers bardés de diplômes soient à ce point scotchés à un seul mot, le mot "patient", pour savoir si celui-ci va rester ou pas dans les prochains communiqués de presse de la Banque centrale la plus puissante du monde.

Alors, pourquoi se braquer sur ce mot "patient" ? La réponse, c'est que jusqu'à présent la Banque centrale américaine avait dit qu'il fallait être "patient" avant la prochaine hausse des taux d'intérêt. Ce qu'elle voulait dire pas là, c'est qu'aujourd'hui les taux sont extrêmement bas - quasi à 0% - et cela fait évidemment l'affaire des boursiers. Comme les taux d'intérêt sont à 0%, les placements les plus sûrs ne rapportent rien, donc tout le monde est forcé d'acheter des actions pour avoir un peu de rendement. Grâce à ces taux 0%, la Bourse américaine n'a pas arrêté de grimper depuis 5 ans au moins.

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Mais comme toujours, les meilleures choses ont une fin. Et comme l'économie américaine semble aller nettement mieux, il n'est plus nécessaire de maintenir artificiellement des taux d'intérêt à 0%. Mais la question, c'est quand ces taux vont-ils augmenter ? C'est important de le savoir, car en principe, cette hausse pourrait se traduire par une baisse de la Bourse. Jusqu'à présent, la Banque centrale n'a pas indiqué de timing. Elle s'est contentée de dire aux investisseurs qu'ils devaient être patients ! Voilà donc toute l'histoire de ce mot patient. Si on le supprime, cela veut dire que les taux vont enfin grimper et que ce sera mauvais pour la Bourse.

Et figurez-vous que mercredi soir, la Banque centrale américaine a supprimé ce mot "patient" de son vocabulaire et de son communiqué de presse. En bonne logique, direz-vous, la Bourse a donc dû commencer à baisser, non ? Et bien, pas du tout ! Car la présidente de la Banque centrale américaine n'est pas née de la dernière pluie, elle sait que si elle augmente les taux trop vite, elle risque d'avoir un accident en Bourse. Elle a donc dit, en résumé, que ce n'est pas parce que le mot "patient" a été supprimé qu'elle allait pour autant devenir impatiente ! C'est une manière de dire aux investisseurs, oui, les choses vont mieux, nous allons augmenter les taux d'intérêt, mais cela se fera en douceur, progressivement, pour éviter des accidents en Bourse. Et elle a prévu de provoquer la première hausse des taux d'intérêt sans doute après cet été. Et depuis ce jeudi, la Bourse a plutôt bien réagi.

Mais tout cela reste fou et un historien qui lira ceci dans 20 ou 30 ans dira qu'en 2015 nous étions bien superstitieux de nous braquer ainsi sur un seul mot. À croire que Bourse et sorcellerie ne font qu'un.

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