Bitcoin: ce qu'en pensent vraiment les experts

08/12/17 à 15:28 - Mise à jour à 15:28

Source: Trends-Tendances

Jean Tirole, prix Nobel d'économie, Koen De Leus, de BNP Paribas Fortis, Paul Jorion, sociologue et anthropologue et Geert Noels (Econopolis) donnent leur avis sur la cryptomonnaie, dont le cours s'élève maintenant à plus de 15.000 dollars.

Bitcoin: ce qu'en pensent vraiment les experts

© iStock

"Le bitcoin n'a aucune valeur intrinsèque", Jean Tirole, prix Nobel d'économie

Pour Jean Tirole, qui signe une tribune dans le Financial Times, le bitcoin est un "un actif sans valeur intrinsèque" et "sans réalité économique". L'économiste français, prix Nobel d'économie en 2014, s'inquiète, comme d'autres grands noms de la finance, de la montée en puissance de la crypto-monnaie et de la frénésie qui s'est emparé des particuliers, un phénomène qu'il qualifie de "pure bulle" financière, rappelant que sa valeur a été multipliée par 30.000 depuis 2011. Jean Tirole estime d'ailleurs que "son prix pourrait carrément tomber à zéro si la confiance dans le système venait à disparaître".

Autre prix Nobel d'économie qui s'inquiète de la folie bitcoin, Joseph Stiglitz, qui plaide quant à lui pour que la monnaie soit carrément bannie. Selon l'économiste américain, on assiste à une privatisation de la monnaie, alors que les banques centrales tardent à réagir. Peut-être parce qu'elles songent elles aussi à créer leur monnaie cryptée, à l'image de la banque centrale de Suède qui pourrait être la première à lancer sa propre crypto-monnaie, l'Ekrona.

Jean Tirole.

Jean Tirole. © Blondet Eliot/ABACA

"Les banques centrales n'ont aucun contrôle", Koen De Leus (BNP Paribas Fortis)

Une monnaie a trois fonctions : c'est un moyen d'échange, un outil de comptage et un moyen de stockage de la valeur, rappelle l'économiste en chef de la banque BNP Paribas Fortis. Comme moyen d'échange, on pourrait encore utiliser le bitcoin, oui. Mais vu les énormes fluctuations, cela ne convient plus du tout comme unité de compte. Au moment de régler vos achats, vous courrez le risque de payer jusqu'à 20 % de plus ou de moins pour un même produit si vous l'achetez le matin ou le soir. Cette volatilité rend le bitcoin également totalement inefficace comme outil de stockage de la valeur."

Koen De Leus.

Koen De Leus. © DIETER TELEMANS

"On entend dire aussi que le bitcoin serait de nature à rendre le système monétaire plus sain, qu'il serait une alternative à la planche à billets des banquiers centraux, poursuit-il. Mais c'est oublier qu'une quantité fixe de monnaie peut être, comme cela a déjà été le cas par le passé, à l'origine de douloureuses périodes de déflation. Par ailleurs, l'ancien président de la Fed, Ben Bernanke, a clairement démontré que des systèmes monétaires avec des taux de change fixes, et surtout avec des quantités de monnaie fixes, sont de nature à rendre l'économie et le secteur bancaire plus volatiles. Le bitcoin et les autres crypto-monnaies représentent enfin un problème pour les Etats et les banques centrales dans la mesure où ils sapent leur droit de créer de la monnaie. Elles n'ont aucun contrôle sur le bitcoin et les crypto-monnaies."

"C'est un jeu de Monopoly !", Paul Jorion (sociologue et anthropologue)

Paul Jorion.

Paul Jorion. © DRFP/Leemage

Pour Paul Jorion, le bitcoin n'est rien d'autre qu'une "caricature de monnaie" visant à "miner les Etats" et les autorités publiques au sens large. "Les porte-paroles du bitcoin sont en effet des militants : ils s'affirment libertariens. Ce qu'ils cherchent, c'est abattre les Etats qui sont pour eux l'ennemi. Le bitcoin est un symbole de leur combat", dit-il. Au-delà de cette lecture politique du phénomène, "le bitcoin ne présente pas les caractéristiques fondamentales d'une monnaie, ajoute Paul Jorion. Il n'est pas adossé à une richesse économique clairement déterminable, ce sont surtout des circuits criminels qui l'alimentent. Par ailleurs, le bitcoin n'est absolument pas liquide, il faut attendre plusieurs jours pour qu'une transaction soit enregistrée. Ce temps de transaction est beaucoup trop élevé, de même que les frais de transaction sont eux aussi beaucoup trop élevés. Bref, le problème du bitcoin, c'est exactement celui du jeu de Monopoly. Tant que les joueurs décident de jouer le jeu et de régler leurs transactions avec des billets de Monopoly, cela marche. Mais le jour où il y en a un qui arrête de jouer le jeu, la partie est terminée".

"Ceux qui voient dans le bitcoin un phénomène insignifiant se trompent", Geert Noels (Econopolis)

Geert Noels.

Geert Noels. © BELGA

"Dans un récent rapport, la Fed indiquait que le système bitcoin pouvait à terme jouer un rôle important dans le système financier et les échanges internationaux. Le fait que la banque centrale américaine se penche sur le phénomène lui donne, ainsi qu'aux autres crypto-monnaies, une certaine crédibilité", estime l'économiste (Econopolis). Cela étant, Geert Noels juge également que le bitcoin présente pour le moment toutes les caractéristiques d'une devise hyper-spéculativepouvant d'effondrer du jour au lendemain. "C'est pour le moment loin d'être une devise forte, tout cela me fait penser à la fameuse crise de la tulipe aux Pays-Bas." Alors, invention majeure ou arnaque du siècle ? "Ceux qui disent pouvoir valoriser le bitcoin se trompent complètement, tout comme ceux qui disent qu'il s'agit d'un phénomène insignifiant", conclut Geert Noels.

Nos partenaires