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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

04/11/15 à 15:59 - Mise à jour à 15:58

'À qui profite vraiment la politique entêtée de la BCE ?'

Le dogmatisme de la BCE va continuer de faire mal à la fois aux épargnants et aux investisseurs...

'À qui profite vraiment la politique entêtée de la BCE ?'

Mario Draghi © Reuters

Georges Ugeux, financier belge et ancien vice-président de la Bourse de New York, tient un blog (Huffington Post) sur lequel il n'y va pas toujours de main morte ! Pour lui, c'est clair, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne et ses économistes ont faux sur toute la ligne.

Georges Ugeux part d'un constat: la politique des taux d'intérêt bas, que la BCE a mis en place, n'a pas marché. La preuve, c'est que le taux de chômage reste élevé et la croissance est très faible. Sur cette base, Georges Ugeux estime, comme pas mal d'autres experts, que face à cet échec, la Banque centrale européenne risque, hélas, de s'entêter dans sa politique et au final de nous amener des taux d'intérêt négatifs. Ce qui aura pour conséquence de spolier, par exemple, les retraités qui doivent vivre de leurs rentes.

Pour Georges Ugeux, la BCE s'est trompée de diagnostic. En 2011, elle a distribué (opération LTRO) des milliards d'euros aux banques avec un taux très faible de 1% ! Elle espérait que ces banques commerciales allaient ensuite prêter cet argent aux PME pour faire redémarrer l'économie. Mais rien du tout ! Ces banques ont profité de cet argent - surtout les banques du sud de l'Europe - pour se refaire une santé et rembourser leurs dettes les plus importantes. Erreur de diagnostic donc, selon Georges Ugeux.

En résumé, la BCE nous a vendu cette aide au secteur bancaire en disant que celui-ci avait besoin de liquidité. Alors qu'en réalité, d'après Ugeux, c'était faux. Cette opération de liquidité était un crédit déguisé aux banques commerciales en difficulté.

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À qui profite vraiment la politique des taux bas de la BCE ? (Et à qui nuit-elle ?)

Alors, un peu plus tard, il est vrai, la Banque centrale européenne a tiré la leçon de cette erreur de diagnostic. Elle a à nouveau distribué (opération TLTRO) - quasi gratuitement - des milliards d'euros aux banques, mais cette fois à condition que cet argent soit obligatoirement réinvesti sous forme de crédit. Et là encore, cet argent n'a pas dopé l'économie.

L'erreur de la BCE, selon Georges Ugeux, c'est de croire qu'on fait redémarrer l'économie avec des taux d'intérêt très bas. Avez-vous déjà vu, dit-il, un patron de PME investir uniquement parce que le taux d'intérêt est plus bas d'un quart de point ou même d'un demi-point ? Non ! Le vrai déclic sera d'abord et toujours son carnet de commandes !

La peur de Georges Ugeux, c'est que voyant son échec, la BCE s'entête au lieu de changer de politique monétaire. Et donc, de faire baisser encore plus les taux d'intérêt après ce mois de décembre, date à laquelle la BCE dévoilera sa nouvelle politique. Mais si c'est le cas, cela aura comme seul effet de mettre la pression sur les assureurs, les retraités et les épargnants qui veulent avoir un peu de rendement pour vivre... ou survivre.

En réalité, les seuls gagnants de ces taux d'intérêt très bas sont les gouvernements qui ont une dette énorme. Et les banques, qui obtiennent ainsi un financement à vil prix. Tous les autres sont en quelque sorte les dindons de la farce, à en croire Georges Ugeux. Voilà un raisonnement carré, sans détour, et qui va susciter un beau débat en cette fin d'année.

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