Lover / Hater: oreillettes sans fil

Nelles De caluwé © Ringo Gomez-Jorge
Soetkin Bulcke Journaliste

Les oreillettes filaires semblent être redevenues en vogue auprès de nombre d’influenceurs et de célébrités. Existerait-il de bonnes raisons de délaisser les modèles sans fil? L’avis de deux spécialistes du son.

Nelles De caluwé: The Lover

“Je suis un utilisateur comblé de ces oreillettes sans fil – j’en suis à ma deuxième paire. J’avais acheté la première à la faveur d’une action du magazine Knack, mais j’ai perdu l’une des deux oreillettes. J’en ai dès lors acheté une meilleure version. J’utilise le modèle Twins ANC de Fresh & Rebel qui coûte environ 120 euros. Je les apprécie parce qu’elles sont livrées avec divers clips de manière à ce que l’on puisse les adapter à la taille de ses oreilles. J’écoute beaucoup de sons à vélo ou en marchant, et je suis très exigeant sur le plan du confort. Des oreillettes mal ajustées m’irritent très rapidement, au propre comme au figuré. Je trouve également important que le son ne soit pas trop déformé. La très coûteuse gamme Beats by Doctor Dre délivre par exemple un son qui met particulièrement les basses en évidence – ce qui rend toute musique meilleure. Mais, personnellement, je préfère un son neutre. En tant que réalisateur de radio, je suis toujours en quête de la réponse en fréquence avant d’acheter quoi que ce soit, afin de savoir comment les fabricants d’écouteurs ont traité la gestion des fréquences. Les fichiers Spotify et en podcast sont souvent très compressés.”

Nelles De caluwé Lover: ” J’AI DÛ RECOURIR AUX OREILLETTES SANS FIL PARCE MON DERNIER iPHONE NE POSSÉDAIT PAS DE PRISE POUR UN CASQUE.

“J’écoute beaucoup de podcasts dans mes oreillettes. J’essaie vraiment de tout suivre. Je trouve par exemple “Dead Eyes” excellent. Il s’agit d’un podcast américain d’un acteur qui participa jadis au casting pour la série Frères d’armes de Tom Hanks, lequel lui fit savoir qu’il n’aurait pas le rôle parce qu’il avait des yeux d’homme mort – d’où le nom du podcast. Je pratique souvent, aussi, la “réécoute” – les programmes du week-end que je n’arrive pas à écouter en live.”

“Que les oreillettes sans fil portent préjudice à l’environnement, très franchement, je ne me suis pas encore vraiment préoccupé de la question, et c’est certainement un point qu’il faut garder à l’esprit, mais je fais très attention en me servant de mes écouteurs. En réalité, j’ai dû y recourir parce que mon dernier iPhone ne possédait pas de prise pour casque. Je mange végétarien et, depuis longtemps, je m’engage pour l’environnement, je ne pense pas, dès lors, agir mal en utilisant ces oreillettes.”

“Je ne les emploie pas lorsque je procède à des montages. Dans ce cas, j’ai besoin d’un casque, lequel me permet de mieux juger les sons. Sur mes oreillettes, j’ai le choix entre quatre modes: Game, Ambient (qui permet d’encore entendre les sons ambiants), Active Noise Canceling (que j’utilise rarement) et Normal, pour le son le plus fidèle, qui est donc le mode que j’emploie le plus.” “Dernier point positif pour ces oreillettes: le son s’arrête dès que l’on en retire une de l’oreille – par exemple, lorsqu’on montre son billet de train à l’accompagnateur.”

Jamie Biesemans: the hater

“Il existe plusieurs raisons de détester les oreillettes sans fil. En premier lieu, on les perd facilement puisqu’elles ne sont reliées à rien – ce qui est plutôt ennuyeux lorsqu’on y a consacré 300 euros. Mais la raison principale pour laquelle je me montre critique à leur égard est qu’elles n’ont rien d’un produit écologique. Les composants et les piles ne sont pas durables et donc, si elles se cassent – et cela arrive très vite -, c’est définitif. Cela va à l’encontre de la demande sans cesse croissante en produits durables et réparables. Il y a peu, j’ai consacré un article au mouvement européen “Right to Repair”, lequel cherche un moyen de légiférer sur les produits se cassant facilement. La France est un pionnier en la matière, ayant imposé de faire apparaître sur les produits un indice de réparabilité.”

Jamie Biesemans
Jamie Biesemans© Ringo Gomez-Jorge

“Le marché n’a toutefois pas la même vision. Et celui des oreillettes sans fil est en pleine croissance car il en existe une grande variété. Rien n’oblige à acheter les très coûteux Airpods. Sur un site tel que bol.com, l’offre varie entre 60 et 300 euros. Apple a été la première marque à proposer des oreillettes sans fil et il y avait une raison commerciale à cela. Dans la course à la minceur du smartphone, la prise pour le casque a disparu du design. Sur les iPhone les plus récents, il n’y a donc plus de connexion possible pour des écouteurs. Les oreillettes sans fil représentent donc la solution. Sony et JDL ont suivi peu après, puis d’autres. Mais il existe également une raison très pratique: le marché de l’électronique grand public est actuellement en proie au chaos. Les usines sont pleines de produits semi-finis. L’explication? En raison de la pandémie, la Chine a été verrouillée. Or, c’est précisément de ce pays que proviennent de nombreux composants. Le système logistique s’est donc écroulé, particulièrement le transport non aérien. Les oreillettes sans fil sont populaires d’un point de vue logistique parce qu’elles sont faciles à transporter et que leurs pièces sont disponibles.”

Hater Jamie Biesemans: ” CES OREILLETTES N’ONT RIEN D’UN PRODUIT ÉCOLOGIQUE. UNE FOIS CASSÉES, ELLES NE PEUVENT ÊTRE RÉPARÉES.

“J’en utilise moi aussi – de Samsung – lorsque je suis sur mon rameur, par exemple, mais j’emploie plus volontiers et plus souvent mon casque d’écoute. Dans ce domaine aussi, il existe une grande variété. JBL, par exemple, est une marque typiquement destinée aux jeunes – le son est adapté à de “jeunes oreilles” qui entendent mieux toutes les tonalités. JBL règle les basses afin qu’elles sonnent plus intensément. Sennheiser convient mieux à un public de quadragénaires et au-delà, s’adressant davantage à des “oreilles plus âgées”. De nombreuses recherches sont menées sur le sujet. Après toutes ces années, je continue de trouver ce marché fascinant – il se situe quelque part entre l’art et la science. D’un côté, il y a les grandes multinationales – Sonos, Sony – qui fabriquent des produits en collaboration avec des ingénieurs et des scientifiques, et de l’autre, nombre de petites entreprises créatives qui travaillent plus à l’intuition et se laissent guider davantage par l’émotion que par les chiffres. Le summum mondial en matière de tourne-disques et de platines, l’entreprise ostendaise Project, ne compte que quelques dizaines de travailleurs. L’accent y est mis sur l’expression des produits.”

“En réalité, je me décrirais plus volontiers comme un hater nuancé – “haïr” est un terme trop fort. De plus, en tant que journaliste professionnel et critique de produits audio, j’adopterais plus volontiers une position neutre.”

Nelles De caluwé – THE LOVER

– Réalisateur indépendant d’émissions de radio (chez Stubru, entre autres) et voix off pour une émission TV de la VRT

– Il a étudié, entre autres, le montage et les techniques de studio dans de hautes écoles

– Il écoute, via ses oreillettes, la radio, des podcasts et de la musique, entre deux et trois heures par jour

Jamie Biesemans – The Hater

– Journaliste pour divers upports de sciences et technologies

– Depuis plus ou moins 20 ans, il recense et teste tout ce qui a trait au son, à la hifi, aux nouvelles technologies

– Il compte actuellement chez lui quelque 40 styles différents d’oreillettes et de casques – Il jouit toujours d’une excellente ouïe.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content