Les facteurs qui influencent l’économie mondiale sont aussi importants pour les investisseurs. Des développements géopolitiques à l’inflation, en passant par les investissements dans la défense, à l’essor de l’intelligence artificielle et son impact sur la transition énergétique, tous ces défis recèlent aussi des opportunités. Frank Claus, Head of Investment Services chez BNP Paribas Fortis, et Philippe Gijsels, Chief Strategy Officer, nous parlent des tendances à ne pas négliger.
La géopolitique est clairement une tendance dominante dans l’évolution économique. Quelles sont les conséquences pour l’UE ?
Philippe Gijsels : « Les États-Unis et la Chine se disputent le contrôle des chaînes industrielles, des technologies stratégiques et des matières premières essentielles. L’Europe est, depuis longtemps, dépendante de la technologie américaine, des matières premières chinoises et du gaz russe. Les crises successives – la COVID19, la guerre en Ukraine et la guerre commerciale sino-américaine – ont cruellement démontré que cette dépendance rend l’UE extrêmement vulnérable. L’Europe doit désormais protéger son territoire, sécuriser ses chaînes d’approvisionnement et reconstruire une base industrielle solide. »
L’Europe accorde une grande importance à la souveraineté énergétique et technologique, avec des investissements publics à long terme
Alors, l’Europe offre-t-elle des perspectives intéressantes pour les investisseurs en 2026 ?
Philippe Gijsels : « Trois facteurs permettent d’envisager l’avenir avec sérénité. On observe une forte priorité accordée à la souveraineté énergétique et technologique, avec des investissements publics à long terme. Par ailleurs, les budgets de la défense sont en hausse structurelle. L’UE exige que la majorité des achats de défense soient effectués auprès d’entreprises européennes, ce qui est bénéfique pour l’industrie régionale. Les infrastructures devront également être modernisées plus rapidement. Prenons l’exemple de l’Allemagne, qui consacre 500 milliards d’euros aux infrastructures, à la transition énergétique et à la numérisation. »

En matière de digitalisation, l’IA est une tendance irréversible. Au cours de l’année écoulée, nous avons constaté une forte hausse des actions de plusieurs acteurs majeurs du secteur. Les valorisations actuelles des actions liées à l’IA sont-elles encore justifiées ?
Frank Claus : « Les valorisations sont élevées mais, derrière cela, de nombreuses entreprises génèrent d’importants flux de trésorerie. On observe de nombreux investissements dans les semi-conducteurs, les data centers et d’autres développements technologiques. Ce cycle est très différent de celui de la bulle Internet de la fin des années 1990. Bien sûr, il est important que les investisseurs se concentrent sur les entreprises dotées de stratégies d’IA durables et rentables. Il faut aller au-delà du simple effet de mode. Tout un écosystème entoure l’IA et c’est précisément ce qui la rend si attractive pour les investisseurs avertis. »
Des acteurs majeurs comme Microsoft et Nvidia dominent le cycle actuel de l’IA. Pourquoi ont-ils un tel succès ?
Philippe Gijsels : « Nous assistons à un phénomène unique dans cette révolution technologique. Les champions du cycle précédent sont de nouveau au sommet. Prenons l’exemple de Microsoft et Nvidia : ils ont contribué à façonner la vague technologique autour de l’internet et du cloud. Ils ont si bien développé leurs infrastructures et leurs écosystèmes de données qu’ils sont aujourd’hui également à la pointe du cycle de l’IA. C’est pourquoi nous les qualifions d’« entreprises à deux cycles ». Grâce à leur taille et à leurs capitaux, ces entreprises peuvent facilement intégrer les nouvelles technologies. Microsoft est même entré dans une troisième vague : du logiciel au cloud, puis à l’IA. »
Aujourd’hui, les actifs non cotés protègent mieux un portefeuille contre la volatilité des marchés boursiers
Malgré toutes les tendances et les opportunités, la diversification demeure le fondement d’un bon portefeuille d’investissement. Qu’est-ce que cela signifie dans le contexte actuel ?
Frank Claus : « Un portefeuille traditionnel est diversifié entre 60 % d’actions et 40 % d’obligations, une stratégie judicieuse en période de stabilité et de faible inflation. Or l’incertitude géopolitique actuelle engendre une volatilité des marchés et l’inflation s’accélère. De ce fait, actions et obligations évoluent souvent dans le même sens. Il est donc conseillé de revoir la composition d’un portefeuille traditionnel. L’intégration d’actifs non cotés, tels que le capital-investissement, le crédit privé, l’immobilier non coté et les infrastructures, permet de mieux protéger un portefeuille contre la volatilité des marchés boursiers. »

Ces actifs non cotés sont-ils pour autant accessibles aux investisseurs privés ?
Frank Claus : « Absolument, ce n’est plus un marché de niche. Les actifs privés sont désormais accessibles aux particuliers via des fonds evergreen et des plateformes numériques. Grâce à une transparence et une réglementation accrues, de plus en plus d’investisseurs leur font confiance. Il faut toutefois garder à l’esprit que ces actifs ont des échéances plus longues et sont moins liquides. Cela exige donc une sélection judicieuse des partenaires et des produits adaptés. »
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