Une chronique d’Amid Faljaoui.
Les États-Unis viennent de capturer un dictateur. Et vous savez ce qu’ils ont fait après? Ils ont laissé sa dictature en place.
Pas de blague. Maduro est en prison. Mais les mêmes trafiquants de drogue dirigent toujours Caracas. Les mêmes généraux corrompus. Les mêmes milices qui terrorisent la population depuis 27 ans.
C’est voulu. C’est calculé. C’est la nouvelle doctrine américaine.
Le Wall Street Journal balance cette semaine : Washington a inventé la “gestion de régime” ou “coaching de régime”. Traduction : on ne renverse plus les dictatures. On les sous-traite.
Regardez les chiffres. Irak : 4000 milliards de dollars de dépensés en vain. Des milliers de morts. Une démocratie qui tient à peine debout. Afghanistan : vingt ans d’occupation pour finir par rendre les clés aux talibans.
Le bilan est implacable. Démanteler un régime, ça ne marche pas. C’est trop cher. Trop long. Trop sanglant.
Alors maintenant, on fait quoi ? Raid chirurgical. On capture le patron. Zéro troupe au sol. On garde toute l’organisation en place. Et on change les comportements par la menace.
Écoutez comment le WSJ décrit Caracas aujourd’hui : “Si peu de choses ont changé que le régime fonctionne comme si Maduro était mort d’une crise cardiaque.”
Même corruption. Mêmes milices dans les rues. Même répression. Juste un nouveau patron qui obéit à Washington au lieu de Moscou ou La Havane.
C’est brutal. C’est cynique. Et c’est redoutablement efficace.
Parce que voilà la vérité crue : les États-Unis ne veulent plus exporter la démocratie. Ils veulent du pétrole. Moins de drogue qui traverse leurs frontières. Et virer la Chine de leur arrière-cour.
La liberté des Vénézuéliens ? Accessoire.
On ne reconstruit plus les nations. On les optimise. Comme des actifs. Comme des processus.
Et ce n’est que le début. L’Iran pourrait être le prochain. Puis Cuba. À chaque fois qu’une invasion coûte trop cher, cette formule s’appliquera.
On vient d’assister à la mort de l’idéalisme en politique étrangère.
Jeudi, Trump est supposé rencontrer la cheffe de l’opposition vénézuélienne. Mais selon le WSJ, il la trouve “insuffisamment influente”. Comprenez : la démocratie, ce sera pour plus tard. Peut-être.
La question a changé. On ne se demande plus : “peut-on changer ce régime?” Mais “peut-on vivre avec en modifiant ses comportements?”
Peut-on transformer des dictateurs en partenaires obéissants? Ou est-ce qu’on fabrique juste des bombes à retardement?
Les États-Unis font le pari que gérer une dictature coûte moins cher que d’imposer la liberté.
Le Venezuela, c’est le prototype. Le monde regarde. Et si ça marche?
On entre dans une ère nouvelle. Les dictateurs ne tombent plus. Ils sont optimisés.