Bruno Colmant

Sommes-nous au bord d’un krach boursier ?

Bruno Colmant Economiste. Professeur à la Vlerick School, l’ULB et l'UCL.

S’il est quelque chose d’impossible à anticiper, c’est bien l’imminence d’une correction boursière. La recherche académique s’amuse à faire une distinction entre les bulles rationnelles et les bulles irrationnelles, mais on n’a jamais vu un scientifique prévoir un krach (sinon il ne serait pas un scientifique, mais un rentier). 

Sans engager les institutions avec lesquelles je collabore, mon intuition est que les marchés pressentent quelque chose : l’augmentation des cours de l’argent et de l’or est peut-être le signe avant-coureur d’un cycle inflationniste qui va successivement toucher les produits énergétiques, puis les produits alimentaires. Bien sûr, ce n’est pas une relation mécanique, mais elle est généralement observée. Certes, on pourrait très bien imaginer que le cours de l’or soit dissocié de cette réalité, au motif qu’il répondrait davantage aux doutes portant sur le dollar et sur la qualité de la dette publique américaine

Mais, inversement, on pourrait voir tous ces éléments se conjuguer : l’augmentation du cours de l’or répondrait aux doutes sur la crédibilité américaine tout en constituant le symptôme d’une inflation qui se généralise. C’est mon hypothèse. Or, si l’inflation augmente, les rendements obligataires doivent couvrir cette même inflation. Et si les taux d’intérêt augmentent, les valorisations boursières baissent mécaniquement. 

Ma séquence de raisonnement est la suivante : le point de départ est la défiance vis-à-vis du dollar, qui sera probablement accentuée par la perte d’indépendance de la Federal Reserve si celle-ci est politisée par Donald Trump. La parité de change du dollar vis-à-vis des autres devises va baisser, au profit des exportations américaines, mais avec le risque d’importer de l’inflation aux États-Unis. Celle-ci serait elle-même aggravée par les droits de douane imposés aux importations américaines. 

La baisse du dollar sera accentuée par des taux d’intérêt bas décidés par la Federal Reserve, qui conduiront à des rendements à court terme réels (c’est-à-dire après correction de l’inflation) négatifs. L’État américain va donc progressivement s’endetter à court terme plutôt qu’à long terme, répondant ainsi à la défiance des prêteurs étrangers. 

Cette situation de nature inflationniste explique à la fois le cours de l’or et de l’argent, ainsi que l’amorce du cycle inflationniste auquel je faisais référence. Il en résultera une augmentation du coût du capital et une baisse boursière. 

Alors, krach ou pas ? 

Si tous les événements que je mentionne se déroulent en 2026, j’estime que l’ajustement des marchés devrait être de l’ordre de 10% pour un portefeuille diversifié libellé en euros. Une manière d’éviter ou d’atténuer les effets délétères de ce scénario, c’est l’investissement en or ou en argent.  

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