Attention, danger. Pour un petit pays comme le nôtre, ouvert au monde, le contexte géopolitique mondial incertain et la mise sous pression de notre partenariat avec les États-Unis constituent des risques majeurs. En 2023 et 2024, déjà, nos exportations avaient connu une décrue. Si nous avons sauvé les meubles en 2025, le début de l’année 2026 s’annonce difficile en raison d’une brutale chute des échanges avec les USA. Les droits de douane et les saillies du président américain, Donald Trump, sont passées par là. De même que notre décrochage sur le plan de la compétitivité.
“Notre économie tourne sur un seul moteur, celui de la demande intérieure”, nous disait, mi-janvier, Pieter Timmermans (FEB), en mettant en garde contre le dérapage des exportations et des investissements. “Nous ne sommes plus dans des crises, mais dans une instabilité permanente, une fragmentation des marchés, avec des mesures protectionnistes”, constate Pascale Delcomminette, CEO de l’Agence wallonne à l’exportation et aux investissements (Awex). Une nouvelle feuille de route vient d’être donnée à l’institution afin de renforcer son impact. C’est un levier important. Mais au moins trois niveaux d’action sont nécessaires pour sauver nos exportations.
Diversifier les marchés n’est plus conseillé, cela devient impératif. Face à des États-Unis devenus volatiles, pour ne pas dire hostiles, et à une Chine défiante, le moment est venu d’allier les puissances moyennes. “Nous devons envisager tous les nouveaux marchés potentiels, nous confie Pierre-Yves Jeholet, ministre wallon de l’Économie. Il y a de nombreuses opportunités au Canada, au Brésil, en Inde, en Asie au sens large et en Afrique.” L’Europe signe des accords avec le Canada, l’Australie, le Mercosur, l’Inde… C’est bienvenu : trouver de nouvelles opportunités est vital pour se renforcer.
Dans ce monde à la boussole multilatérale perdue, il convient de se réformer à grande vitesse, de créer des alliances et de retrouver l’esprit de conquête.
Cette ouverture à de nouveaux acteurs implique des renoncements et une prise de conscience quant à la nouvelle place de la Belgique et de l’Europe dans le monde. Les termes de ces nouvelles relations commerciales imposent forcément des compromis, qui ont été largement dénoncés par le secteur agricole dans le cadre du Mercosur. La Belgique s’est abstenue, la Wallonie s’est opposée. Non sans paradoxe : “On ne peut pas augmenter la croissance de nos entreprises sur le dos des agriculteurs qui sont déjà en souffrance, je partageais cette position, affirme le ministre Jeholet. Mais nous sommes une petite économie ouverte, nous devons tirer profit des accords de libre-échange.” C’est clair : nous n’avons pas le choix.
Enfin, n’oublions pas que les premiers partenaires commerciaux des pays européens sont… les pays européens. Tout est écrit dans les rapports Draghi et Letta, du nom de ces anciens Premiers ministres italiens qui ont dressé une feuille de route pour l’Europe : il convient d’approfondir notre marché unique et de lever les barrières. Bart De Wever, notre Premier ministre, est à la source d’un sommet européen important, le 12 février prochain dans le château d’Alden Biesen, dont l’objectif consiste à dresser enfin un plan d’action concret en ce sens. C’est vital pour sauver notre prospérité. Chaque jour, les coups de boutoir américains et chinois mettent notre modèle en danger – pour ne pas parler des bombes russes. La tendance est au protectionnisme et à la prédation. Dans ce monde à la boussole multilatérale perdue, il convient de se réformer à grande vitesse, de mieux se vendre, de créer des alliances et de retrouver l’esprit de conquête. Sauver nos exportations, c’est préserver sa part du gâteau.<streamer>
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