Olivier Mouton
La révolution est en marche: francophones, à vous de bouger!
La méfiance est de mise pour les francophones. La nomination du nationaliste flamand Bart De Wever comme Premier ministre charrie son lot d’inquiétudes, véhiculées par l’opposition socialiste.
“Y avait-il des francophones à la table des négociations ?”, interrogeait le président du PS, Paul Magnette, au vu de la répartition des compétences. Depuis un mois, pas un jour sans que le PS n’évoque un “renoncement” francophone ou ne dénonce “le casse social du siècle“. Les syndicats suivent. Cela grogne, surtout du côté francophone. Le pays se fracture-t-il ? Ou le PS crie-t-il à vide ?
Les francophones se sont-ils fait avoir ? Les signaux sont à l’orange. Les réformes en matière d’emploi impacteront surtout le sud du pays. Le manque à gagner budgétaire de la réforme fiscale sera plus douloureux pour la Wallonie et Bruxelles, car la situation y est plus précaire. L’agenda de centre-droit de l’Arizona est plus conforme à la Flandre et imposera des efforts au Sud. Mais, soulignent MR et Engagés, ce cap socio-économique est parfaitement assumé.
Le diable se cacherait dans les détails. Thomas Dermine (PS), bourgmestre de Charleroi, regrette que de nombreux leviers financiers se trouvent en mains flamandes, dont le bras armé fédéral, la SFPIM, ou le secteur de la défense, qui a le vent en poupe. “Il n’y a aucune solidarité de la Flandre par rapport aux investissements, dit-il. Elle s’en fout, tout ce qu’il y aura à prendre, elle le prendra.” Procès d’intention, rétorque-t-on dans la majorité. “Nous serons vigilants.”
Au-delà de la méfiance ou de la grogne, les francophones doivent se prendre en main et jeter – enfin… – les jalons de leur redressement.
L’institutionnel est moins présent au menu de l’Arizona que… lors des négociations avortées de l’été 2020 entre PS et N-VA ? Oui, mais le Premier ministre Bart De Wever est, seul, chargé de préparer une réforme de l’État. Attention, danger ! Son propre frère, l’historien Bruno De Wever, se répand dans la presse pour dire que l’objectif de la N-VA n’a pas changé : l’indépendance de la Flandre. N’en jetez plus ! L’Arizona serait le chagrin caché des francophones ! Caricature, réplique-t-on.
Une certitude : il est temps pour les francophones de se réveiller. “Oui, il y a des dimensions communautaires dans cet accord, acquiesce l’économiste Étienne de Callataÿ (Orcadia Asset Management). Mais légitimement, les Flamands ont raison de perdre patience par rapport à ce que nous leur imposons comme organisation de la société.” La responsabilité du PS est grande dans les 30 années au cours desquelles les francophones ne se sont pas redressés, juge-t-il. Si le MR et les Engagés sont contraints de prendre des mesures difficiles, c’est en raison de ce passif désastreux.
“Nous ne cherchons pas à refaire la politique du PS, se défend Maxime Prévot (Les Engagés), vice-Premier fédéral. Si nous menons avec l’Arizona des réformes que le PS aurait refusées, j’assume et je le revendique. Oui, des politiques auront un impact sur les entités fédérées, mais il y a des compensations et nous assumons en Wallonie. Il est temps que les francophones arrêtent d’avoir peur.” Bref, l’opposition trompe les gens.
La révolution est en marche. Au-delà de la méfiance ou de la grogne, les francophones doivent se prendre en main et jeter – enfin… – les jalons de leur redressement en remettant de l’ordre dans les dépenses publiques, en libérant l’esprit d’entreprise ou en étant fiers de ce qu’ils sont. MR et Engagés osent ce pari, en faisant confiance à la N-VA. La question, légitime toutefois, est de savoir s’ils le regretteront à l’issue de la législature, en 2029. Car si tel est le cas, les lendemains seront difficiles.
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