Olivier Mouton
Éviter la mort du modèle bruxellois
C’est la capitale de la Belgique, de l’Union européenne et de l’Otan. Par les temps qui courent, géopolitiquement troublés et économiquement chahutés, ce statut devrait se mériter. Or, voilà la Région en état de mort clinique : neuf mois après les élections, il n’y a toujours pas de gouvernement, la situation budgétaire est proche de la faillite et les fusillades dues au narcotrafic sont quotidiennes. C’est Bruxelles poubelle. Et ce n’est pas en confiant une mission… à la majorité sortante que l’on améliorera les choses.
“La survie de la Région bruxelloise est en jeu”, prévient Christophe De Beukelaer, chef de file des Engagés, qui qualifie le blocage de “totalement irrationnel”. “Le plus interpellant, c’est qu’il n’est pas dû au contenu, mais à des stratégies de partis”, estime le politologue Dave Sinardet. C’est la valse des exclusives : le PS refuse de négocier avec la N-VA, qualifiée de “raciste”, l’Open Vld veut gouverner avec elle pour veiller à la prospérité de la Région, Ecolo et DéFi digèrent leur défaite… Le MR, lié à sa stratégie fédérale, ne parvient pas à concrétiser sa victoire électorale.
Les partenaires sociaux sont consternés. Ensemble, ils déclaraient déjà… le 21 février en avoir “ras-le-gouvernement”. “L’inaction est une faute, disaient patronat et syndicats. Nous appelons les responsables politiques bruxellois à ne plus se comporter comme des politiciens, mais bien comme des femmes et des hommes d’État.” Résultat ? Rien du tout, si ce n’est un pourrissement de la situation. Un tout petit sursaut a eu lieu, lundi 24 mars, en chargeant… le ministre du Budget sortant, Sven Gatz (Open Vld), de préparer une épure pour éviter les douzièmes provisoires.
Le risque de faillite est réel. Banques et agences de notation tirent la sonnette d’alarme. “Si on ne fait rien, le coût de la dette va atteindre 800 millions d’euros sur un budget de 6 à 7 milliards seulement, rappelle Christophe De Beukelaer. Ces dernières années, les frais de personnel et de fonctionnement de la Région ont augmenté de 40%.” Sept partis veulent donc baliser une trajectoire d’assainissement budgétaire. Un premier pas insuffisant : cette gabegie financière nécessite des réformes profondes.
Il s’agit d’éviter la mort du modèle bruxellois. Faute de solution, la capitale risque une mise sous tutelle financière d’un gouvernement fédéral dominé par la N-VA. Depuis le début de la crise, les pères fondateurs de la Région mettent en garde contre ce blocage à rallonge qui met à mal une autonomie conquise. Laisser mourir Bruxelles, c’est abandonner une certaine idée de la cohabitation belge et européenne.
Laisser mourir Bruxelles, c’est abandonner une certaine idée de la cohabitation belge et européenne.
Économiquement, la Région perd aussi du crédit auprès des entreprises, nombreuses à envisager de quitter la ville en raison des problèmes de mobilité et de sécurité. Le blocage actuel n’aide pas. Un groupe industriel de la défense n’a pas d’interlocuteur politique, alors qu’il est désireux d’investir dans la reconversion du site d’Audi Brussels. En attendant, Charleroi s’est mis sur les rangs avec le site de Caterpillar.
“Bruxelles doit devenir un pôle d’attractivité, de développement économique, de plein emploi et de justice sociale où la qualité de vie prime”, s’exclament patrons et syndicats. On en est loin. Il serait temps que les politiques comprennent que la capitale du pays, de l’Europe et de l’Otan doit être une vitrine, et non un “trou à rats” comme le président américain, Donald Trump, l’avait un jour qualifiée. Il avait choqué tout le monde, à juste titre. Il est temps de tout faire pour lui donner tort.
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