La deuxième année du second mandat de Donald Trump démarre sur les chapeaux de roues, avec l’intervention militaire au Venezuela, prélude à une série d’opérations musclées dans ce que Washington considère toujours comme son “ backyard ”. À peine le temps de digérer la capture spectaculaire de Nicolás Maduro que la Maison Blanche évoque déjà le Groenland, Cuba, la Colombie, voire le Canada qui est toujours, dans l’esprit de Donald Trump, réduit au rang de 51e État américain.
Cette politique de prédation décomplexée, brutale, assumée, dynamite l’ordre international que les États-Unis eux-mêmes avaient patiemment construit depuis 1945. Le plus sidérant, c’est que la première puissance mondiale, architecte du système de Bretton Woods, des Nations unies et de la primauté du droit, piétine aujourd’hui les principes qu’elle avait érigés en dogme : intangibilité des frontières, souveraineté des États, coopération multilatérale. Avec une conséquence : le soft power américain, patiemment bâti sur trois quarts de siècle, s’est effondré en quelques mois.
Pour l’Europe, le réveil est cruel : les “dividendes de la paix” qu’elle croyait acquis depuis la fin de la guerre froide se transforment en addition salée qu’elle devra payer cash, avec intérêts composés. Les grands fauves – États-Unis, Chine, Russie – sont lâchés ; l’équilibre mondial vacille.
Mais le danger le plus sournois , et dont on parle peu, réside dans l’attaque frontale de l’administration américaine contre le libéralisme économique et les fondements mêmes de l’économie de marché. Dans l’esprit de Trump et de sa base, l’intérêt national américain prime sur tout le reste – y compris sur la propriété privée et la liberté d’allocation du capital. ExxonMobil, la plus grande major pétrolière du pays, se voit menacée d’interdiction d’investir au Venezuela parce que son CEO a osé qualifier le pays d’“ininvestissable”. “Je n’ai pas aimé”, tranche le président, qui envisage de bloquer la compagnie dans le pays.
Le danger le plus sournois, et dont on parle peu, réside dans l’attaque frontale de l’administration américaine contre les fondements mêmes de l’économie de marché.
Même menace sur les géants de la défense. “Ils ne produisent pas notre formidable matériel militaire assez rapidement et, une fois produit, ne l’entretiennent ni correctement ni rapidement”, s’est répandu Donald Trump sur son réseau social, ajoutant que pour les inciter à investir dans les lignes de production, il n’autoriserait ni versement de dividendes ni rachats d’actions pour ces entreprises, sous peine de les priver de contrats publics.
Parallèlement, l’administration s’attaque à la Réserve fédérale et enquête contre son président, pression ouverte pour faire plier l’institution : Trump veut le contrôle du dollar, et donc mettre la main sur l’institution qui est le prêteur mondial de billets verts, qui irrigue la planète en liquidités et garantit la stabilité financière globale depuis des décennies. Les marchés, déjà nerveux, sentent le vent tourner.
Cette dérive autoritaire déguisée en patriotisme économique est d’une incohérence stupéfiante. Elle sape la confiance des marchés, fragilise la création de valeur et risque surtout de ne produire aucun gain tangible pour le pouvoir d’achat de l’Américain moyen. Quand l’illusion s’évaporera, la tentation sera grande de multiplier les diversions violentes contre les “ennemis de l’Amérique” pour masquer l’échec.
Dans ce contexte, les entreprises doivent sortir de leur sidération. Elles doivent se préparer au choc. Soupeser leur présence aux États-Unis, leur sensibilité au dollar, anticiper la fragmentation des chaînes de valeur, la volatilité géopolitique, les risques de sanctions extraterritoriales, les pressions sur les investissements stratégiques, les risques de secousses financières. Elles doivent renforcer leur défense face à un choc qui, s’il n’est pas assuré, est de plus en plus probable. Bienvenue en 2026.
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