Amid Faljaoui

“Sell America”: pourquoi le dollar baisse… et pourquoi cela nous concerne tous

Depuis quelques mois, une expression revient dans les salles de marché : Sell America. Concrètement, cela veut dire que les investisseurs réduisent leur exposition aux États‑Unis : ils vendent une partie de leurs actions, de leurs obligations… et surtout, ils vendent des dollars.

Et le dollar, justement, s’affaiblit. Après plusieurs années de dollar fort, il a reculé face aux grandes monnaies, notamment l’euro. Il a bien tenté quelques rebonds, mais la tendance de fond reste à l’affaiblissement, alimentée par le climat politique et budgétaire américain.

Normalement, quand une économie va bien, sa monnaie se renforce. Mais à une condition : que les investisseurs aient confiance dans la trajectoire du pays et dans ses institutions. Or cette confiance se fissure. Donald Trump change souvent de ligne, multiplie les annonces brutales puis les reculs. Pour les marchés, cette imprévisibilité est un risque. Mais voilà, depuis lors trois peurs dominent.

Premièrement, la dette américaine. Les États‑Unis traînent une dette colossale (39.000 milliards de dollars), et doivent constamment réemprunter pour rembourser les anciennes échéances. Plus la dette grossit, plus les investisseurs se demandent jusqu’où le système peut tenir sans ajustement douloureux.

Deuxièmement, les tensions politiques. Le spectre récurrent d’un shutdown budgétaire donne le sentiment d’un pays prêt à se bloquer lui‑même. Cela n’envoie ni une image de stabilité ni de sérieux budgétaire à ceux qui financent la dette américaine.

Troisièmement, la banque centrale. Une monnaie est forte si sa banque centrale est crédible et indépendante. En attaquant régulièrement la Réserve fédérale ou en contestant publiquement ses décisions de taux, Trump nourrit le doute sur cette indépendance. Sans arbitre jugé fiable, la partie devient dangereuse.

Face à ces risques, les investisseurs se protègent. Ils réduisent leur exposition au dollar, se tournent vers d’autres devises jugées plus stables et vers des valeurs refuges comme l’or ou le franc suisse.

Et pour nous, en Europe et en Belgique ? Pour les consommateurs, c’est plutôt une bonne nouvelle. La raison ? Un euro plus fort rend les voyages aux États‑Unis moins chers. Le pétrole, facturé en dollars, pèse un peu moins sur la facture en euros, ce qui contribue à calmer l’inflation importée. Pour la Banque centrale européenne, c’est aussi un léger soulagement : avec une inflation moins sous pression, elle peut se montrer un peu plus accommodante sur les taux.

En revanche, les entreprises européennes très exposées au marché américain souffrent : leurs revenus en dollars valent moins une fois convertis en euros, ce qui pèse sur leurs marges. Et les investisseurs européens doivent rester vigilants : une hausse des actions américaines peut être annulée, ou fortement réduite, par la baisse du dollar au moment de la conversion en euros.

“Sell America”, ce n’est pas la fin des États‑Unis. C’est un signal d’alerte : quand la confiance se fissure, c’est presque toujours la monnaie qui encaisse le choc en premier.

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