Philippe Ledent

On ne peut pas se contenter d’une croissance de 1% !

Philippe Ledent Senior economist chez ING Belgique, chargé de cours à l'UCLouvain.

Les données définitives ne sont pas encore disponibles, mais l’économie belge a probablement terminé l’année 2025 avec une croissance de son PIB de 1,1%. Compte tenu des chocs intervenus durant l’année écoulée, cela ne semble pas une mauvaise nouvelle. Pour l’année 2026 et les suivantes, les dernières projections de la Banque nationale tablent sur une croissance “stable”, autour de 1%. Cela rejoint la plupart des prévisions, qu’elles soient d’organisations internationales ou privées.

À l’image de l’année écoulée, on pourrait se dire que 1% de croissance, ce n’est déjà pas si mal dans le contexte actuel. Et en toute franchise, à l’horizon des trois à quatre prochaines années, on ne pourra plus y changer grand-chose : une économie est un lourd paquebot, et modifier sa trajectoire prend du temps. D’un côté, la conjoncture n’est pas très porteuse en zone euro. La volonté du gouvernement allemand d’investir dans ses infrastructures et sa défense devrait soutenir un peu la croissance, de même que la meilleure santé économique des pays du sud de l’Europe. Mais on parle ici d’éléments susceptibles d’éviter la stagnation et non pas d’entraîner une accélération franche de l’activité économique. Quant au choc de l’intelligence artificielle, il prendra probablement du temps à produire ses effets positifs sur les économies : l’Europe n’en a pas suffisamment la maîtrise technologique et les contraintes réglementaires en freinent l’implémentation.

D’un autre côté, l’évolution démographique joue contre la croissance économique, en réduisant le nombre de personnes potentiellement disponibles sur le marché du travail et ainsi le potentiel de croissance de l’activité.

L’affaiblissement de la croissance crée une sorte de double peine : il réduit la croissance des recettes fiscales et augmente les dépenses de sécurité sociale.

Mais cela ne veut pas dire qu’on doit se contenter de 1% de croissance. Cela doit au contraire nous laisser un goût de trop peu : trop peu de créations d’emplois, trop peu de recettes fiscales pour satisfaire nos besoins croissants de biens et de services publics, trop peu de moyens pour investir dans de nouvelles sources d’énergie, notre défense ou tout simplement de nouveaux projets.

L’affaiblissement de la croissance crée une sorte de double peine : il réduit la croissance des recettes fiscales (puisque celles-ci représentent une bonne moitié du PIB) et augmente les dépenses de sécurité sociale. Autrement dit, se contenter de 1% de croissance (soit la moitié du standard du passé), c’est se résoudre à couper encore et encore dans les dépenses publiques (souvent dans les prestations d’ailleurs), et à augmenter la taxation de l’activité et du patrimoine. À terme, ce sera économiquement et socialement intenable.

Le Premier ministre Bart De Wever a récemment évoqué “10 années difficiles” à venir. Au regard du fonctionnement actuel de l’économie belge et au regard des efforts et des réformes entrepris pour arrêter l’hémorragie des finances publiques, on ne peut que confirmer cette prévision. Mais derrière ce mot “difficile”, j’ose croire qu’il y a aussi tous les futurs efforts de concertation et de transformation de l’économie belge pour infléchir sa trajectoire trop molle et lui redonner de l’ambition. Que 2026 ne soit donc pas seulement la première de ces années difficiles, mais aussi la première de nouvelles ambitions. 

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