Amid Faljaoui

Merci, Donald Trump !

Merci Donald Trump, pour ce réveil brutal. On somnolait, bien au chaud sous le parapluie américain, persuadés que l’OTAN, l’Oncle Sam et le sacro-saint « ordre international » allaient nous protéger éternellement. Et puis vous êtes arrivé. Un coup de pied dans la fourmilière, et soudain, tout s’effondre.

Merci, Donald Trump, de nous rappeler que l’Europe n’avance qu’au pied du mur. 1945, la peur de Staline : on se serre les coudes. 2020, le Covid : on mutualise les dettes. 2022, Poutine envahit l’Ukraine : Berlin triple son budget militaire. 2024 : Trump menace de lâcher l’OTAN, insulte l’Europe, taxe à tout-va ? Miracle ! Paris, Berlin, Varsovie, Londres, Madrid, Rome commencent à parler le même langage : celui de la puissance.

Merci, Donald Trump, de nous forcer à briser les tabous. Premier tabou : l’Europe ne peut pas avancer à 27 ? Très bien, avançons avec ceux qui en ont les moyens et la volonté. La réunion de Paris durant ce mois de février a montré la voie : une alliance militaire européenne se dessine, avec ou sans les grincheux.

Merci, Donald Trump, de nous obliger à parler nucléaire. Pendant des décennies, la dissuasion française et britannique était un sujet intouchable ou tabou. Et voilà que Friedrich Merz, le nouveau chancelier allemand, demande à en discuter. L’Allemagne qui s’intéresse au parapluie nucléaire ? Inimaginable hier, réalité aujourd’hui. Vous avez réussi là où tous les stratèges européens ont échoué.

Merci, Donald Trump, de nous rappeler que défendre un continent, ça coûte. 250 milliards d’euros par an, c’est le prix de notre indépendance militaire. Sauf qu’au lieu d’avoir une industrie de défense efficace, nous avons 17 modèles de chars différents. Et une Banque européenne d’investissement qui refuse toujours de financer l’armement, comme si la guerre n’existait pas. Ça aussi, ça doit changer. Et c’est en train de changer.

Merci, Donald Trump, de nous forcer à ouvrir les yeux sur notre propre puissance. L’Europe, ce n’est pas un vieux musée. C’est 18 000 milliards d’euros de PIB. C’est 450 millions de consommateurs solvables, avec un taux d’épargne record et un endettement maîtrisé. Bref, c’est un mastodonte économique. Et pourtant, nous sommes les seuls à ne pas le voir.

Merci, Donald Trump, de fulminer contre notre excédent commercial de 157 milliards d’euros avec les États-Unis. Nos Airbus, nos voitures, notre industrie vous envahissent, et ça vous rend fou. Mais si vous nous attaquez autant, c’est bien parce que nous sommes un adversaire de taille et que vos produits s’exportent moins bien que les nôtres.

Merci, Donald Trump, de nous bousculer. Parce qu’au fond, l’Europe, c’est un peu comme la Belgique en taille XXL : brillante, inventive, prospère… mais toujours en train de douter d’elle-même. Toujours persuadée d’être petite alors qu’elle pèse plus lourd que n’importe quel rival. Peut-être qu’avec vous, elle va enfin s’en rendre compte. Et se tenir debout.

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